Ankara-Bakou : Aliev refuse le rôle de « grand frère » de la Turquie

Ալիեւ-Էրտողան

Les tensions apparues récemment entre la Turquie et l’Azerbaïdjan dépassent largement la polémique sur le port du voile. Dans un article publié le 28 octobre dans le quotidien d’opposition Sözcü, le journaliste turc İsmail Saymaz revient sur les différends qui se sont accumulés entre les deux alliés, en s’appuyant sur ses échanges avec de hauts responsables et des journalistes azerbaïdjanais.

Selon lui, le président Ilham Aliev rejette l’attitude d’Ankara, qui tendrait à se poser en « grand frère » de l’Azerbaïdjan et à s’immiscer dans ses affaires intérieures. Ses interlocuteurs soulignent que la proximité des deux pays ne saurait justifier une quelconque prétention de la Turquie à exercer une autorité sur Bakou.

La dernière crise a éclaté à la suite des restrictions imposées au port du voile dans les établissements scolaires azerbaïdjanais. Oktay Saral, principal conseiller du président Recep Tayyip Erdoğan, avait vivement critiqué ces mesures, provoquant une réaction particulièrement ferme de Bakou. Son départ de la présidence turque a contribué à apaiser les tensions, sans toutefois mettre fin au différend. Selon Saymaz, l’Azerbaïdjan aurait également inscrit Saral sur sa liste noire.

Le journaliste rappelle que les relations entre les deux pays avaient déjà connu plusieurs épisodes de crispation. Le premier remonte à l’après-guerre du Karabakh, lorsque certaines déclarations d’Erdoğan avaient été perçues à Bakou comme une tentative de s’attribuer le mérite de la victoire. La partie azerbaïdjanaise avait alors tenu à rappeler que l’aide militaire turque avait été intégralement rémunérée.

Une deuxième crise était survenue l’an dernier, après les critiques formulées par le quotidien turc Sabah et la chaîne A Haber contre les relations de l’Azerbaïdjan avec Israël. L’intervention des canaux diplomatiques avait permis de désamorcer le différend.

Pour İsmail Saymaz, la crise actuelle est la plus sérieuse des trois. D’après ses sources, le récent entretien téléphonique entre Erdoğan et Aliev se serait déroulé dans un climat tendu, sans parvenir à dissiper les désaccords. Ses interlocuteurs affirment même que, si Oktay Saral n’avait pas été écarté de ses fonctions, le président azerbaïdjanais aurait renoncé à se rendre à Ankara pour participer à la réunion de l’Organisation des États turciques, prévue les 29 et 30 octobre.

Selon les sources citées par le journaliste, cet épisode pourrait marquer un tournant durable dans les relations entre Ankara et Bakou, qui ne retrouveraient plus leur configuration antérieure.