La nécessaire vérification de la véracité de l’information

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Les Nouvelles d’Arménie Magazine (NAM), revue mensuelle, et l’hebdomadaire Nor-Haratch version française sont des publications intéressantes que je lis attentivement dès que je trouve un peu de temps libre. Les équipes qui les préparent et les diffusent méritent d’être encouragées. Ces publications sont un atout important pour maintenir la diaspora informée de sa situation et sur l’évolution de ses rapports avec l’Arménie. Elles exercent un effet direct sur le formatage de l’opinion. Elles sont également lues dans les chancelleries diplomatiques, si ce n’est dans d’autres administrations. 

Dans le numéro 335 de janvier 2026 de NAM, à mon grand étonnement, j’ai remarqué la reprise d’un narratif qui a circulé trop facilement un peu partout, surtout dans certains médias en Arménie. Ces derniers en ont fait leur crédo pour critiquer le gouvernement d’Erevan, « responsable de la guerre qui a été déclenchée contre le Haut-Karabakh », sans évoquer la part de responsabilité qui incombe aux dirigeants de Stepanakert ou à d’autres pays censés apporter une aide. Mais ceci est un autre sujet à commenter.

L’instigateur de ce narratif, c’est bien entendu l’opposition pro-russe qui ressasse en l’insérant à dessein dans les commentaires sans vérification nécessaire. Ce qui est curieux, c’est qu’on remarque l’affirmation dont il est question, à 3 reprises dans les différentes rubriques du même numéro de NAM.

En effet, sous le titre « Dévoilement des plans de paix pour le Karabakh » (p. 3), on lit « l’opposition a présenté le plan de 2019 comme une preuve supplémentaire de ses affirmations selon lesquelles Nikol Pashinyan aurait ouvert la voie à une guerre désastreuse au lieu d’accepter la paix favorable à la partie arménienne ». Un peu plus loin (p.10) sous le titre « les Arméniens du Karabakh revendiquent … », même teneur : « le Premier ministre a ouvert la voie à la guerre de 2020 en rejetant de manière imprudente, en 2019, un plan de paix de compromis élaboré par les Etats-Unis, la Russie et la France ».

Enfin, dans ses commentaires (pp 30 à 33), Garo Ulubeyan se réfère à une dernière mouture de plan de paix en 2019. Une dernière chance que Nikol Pachinian aurait manqué de saisir.

Qu’on critique telle ou telle attitude ou de prises de position d’un dirigeant ou d’un parti politique, rien de plus normal et c’est même très sain politiquement, à condition que les reproches soient argumentés et les sources transparentes. Mais reprendre une affirmation et la reproduire ou fonder une analyse sur celle-ci, sans vérification préalable, c’est de ne pas respecter le devoir d’informer convenablement le public. Ici, il s’agit du « plan de paix du groupe de Minsk de 2019 » refusé imprudemment, dit-on, par le gouvernement arménien. Ce narratif vient de l’appareil de propagande moscovite que l’opposition parlementaire et même Levon Zourabian, vice-président du Congrès, formation politique de Levon Ter Pétrossian, évoquent à tout bout de champ. En réalité, il s’agit du « plan Lavrov », que la propagande présente comme une émanation du groupe de Minsk, donc un plan proposé par les trois coprésidents du groupe. Et, si ces critiques sont d’accord sur « les bienfaits » du plan Lavrov, qu’ils le disent franchement, sans se cacher derrière le paravent du groupe de Minsk.

Le champ médiatique arménien semble loin d’avoir fait preuve d’un professionnalisme à l’instar de ses confrères en Occident. On aurait dû interroger sur ce prétendu « plan de paix du groupe de Minsk » Stepan Safarian, directeur de l’Institut arménien des affaires internationales et de sécurité, qui n’est pas un inconnu pour les commentateurs. Il aurait démonté, sans doute avec plaisir, la prétention visant à présenter le plan Lavrov comme plan du groupe de Minsk. Ainsi, évitera-t-on les fake news.

Armand M.