MONTPELLIER – Conférence du professeur Gérard Dédéyan, intitulée « Le colonel Louis Romieu (1872-1943), la Légion arménienne et le mandat français sur la Cilicie »
À Montpellier, le 7 février dernier, la conférence donnée par Gérard Dédéyan, l’historien professeur émérite, spécialiste de l’histoire médiévale arménienne, attira un public nombreux et varié. La salle polyvalente de l’Amicale des Arméniens de Montpellier et de sa région, située avenue du Père Soulas, fut heureuse d’accueillir assyriologues, historiens, étudiants, anciens étudiants, amis, représentante de la mairie de Montpellier, un descendant de général français ayant œuvré en faveur des Arméniens en Cilicie et autres passionnés, pour écouter la présentation intitulée « Le colonel Louis Romieu (1872-1943), la légion arménienne et le mandat français sur la Cilicie ».
Avec précision et érudition, M. Dédéyan a dressé un tableau des relations du gouvernement français avec les Arméniens de l’Empire ottoman, dans la période qui a immédiatement suivi la perpétuation du génocide de 1915. En revenant sur la création d’une légion arménienne composée notamment de rescapés du génocide et de soldats ayant combattu auprès des troupes françaises au sein de la légion d’Orient, sur l’engagement de George Clemenceau, alors président du Conseil, de créer une Arménie autonome sous la protection de la France en Cilicie, au moment de la défaite de l’Empire ottoman, M. Dédéyan s’est attaché à dégager la figure du lieutenant-colonel Louis Romieu. Ses efforts constants pour soutenir ces entreprises, même lorsque celles-ci étaient imprudentes et mal préparées, font de lui un de ceux que l’on nomme « les justes » du génocide. Porté par le sens de l’honneur et la sincère reconnaissance envers ses combattants, le lieutenant-colonel mena les troupes et organisa l’occupation du territoire de l’Asie Mineure, jusqu’à la contre-attaque de la Turquie kémaliste, et l’abandon progressif de la France. Dans cette période de grande instabilité, suivant le génocide et précédant la 1ère République d’Arménie, la fin tragique de l’aventure française en Cilicie n’a toutefois pas anéanti l’arménophilie, qui continue de se manifester en France, bien que plus timidement.
Aujourd’hui, plusieurs descendants de certaines figures militaires importantes de l’époque vivent à Montpellier ou dans les alentours. L’un d’eux, présent en ce samedi après-midi, avait apporté avec lui la canne militaire que des combattants-artisans arméniens avaient offert à son grand-oncle, en témoignage de leur reconnaissance. On peut y lire une inscription ainsi qu’une date. L’objet émut l’assemblée, qui put alors toucher une trace de ces évènements mouvementés.
Si ce rendez-vous savant permit de partager des faits de l’histoire militaire diplomatique ayant contribué au tissage des liens entre France et Arménie, excitant les esprits curieux et passionnés, il fut aussi l’occasion de surprendre M.Dédéyan, en lui souhaitant son anniversaire, avec quelques jours de retard, prétexte festif pour prolonger la rencontre autour d’un verre de l’amitié. Le fondateur historique de l’Amicale reste ainsi un membre actif de la vie de l’Amicale, qui ne manque pas de le célébrer.
Ce moment de convivialité marque bien l’esprit de la vivacité de l’Amicale des Arméniens de Montpellier et de sa région, qui propose de nombreux évènements, où se rencontrent les membres de la communauté et les sympathisants, pour des moments joyeux de dialogues féconds.
G. Tch. ■
