L’opposition arménienne reconnaît Karékine II comme leader politique

Գարեգին

Vahram ATANESSIAN

1 in am – Erevan, le 4 mars 2026

L’un des sujets importants de la rubrique des actualités  du 4 mars de l’agence de presse d’État russe TASS est un entretien avec l’archevêque Yézras Nersissian, primat du diocèse de Russie et de la Nouvelle Nakhitchevan de l’Église apostolique arménienne (1), entretien dans lequel ce dernier évoque «  le conflit entre l’Église apostolique arménienne et les autorités arméniennes qui a éclaté lorsque, en 2020, l’Église a exigé la démission de Nikol Pachinian, critiquant son attitude envers le Haut-Karabakh qu’il ne voulait pas reconnaitre». Mais l’article n’en fait aucune mention. 

L’entrevue débute par une question sur la possibilité de convoquer un Concile national de l’Église, à laquelle Yézras Nersissian répond qu’« il était prévu de le convoquer il y a des années, mais les événements tragiques qui se sont produits, tels que la Covid, la guerre au Haut-Karabakh, la désarménisation forcée du Haut-Karabakh, le coup d’État en Arménie, etc. ont contraint à son report ». Mais « si les conditions requises étaient réunies, cela se ferait assurément ». Yézras Nersissian informe les lecteurs russes que le « comité pour la convocation du Concile national  y travaille activement, que l’ordre du jour est en cours d’élaboration » et que « l’Église est prête à ouvrir les travaux de cette Assemblée, à condition que les autorités respectent les fondements constitutionnels, législatifs et canoniques ». A cette occasion, l’archevêque Yézras a donc dit ce que Karékine II n’avait jamais dit durant ces cinq dernières années : l’Église apostolique arménienne qualifie les événements politiques survenus en Arménie en avril-mai 2018  de « coup d’État » (2). Le haut dignitaire religieux a également fait une seconde révélation, certes à mi-mot, mais néanmoins indéniable : Karékine II n’entend convoquer un Concile national qu’après un changement de pouvoir en Arménie. Cela apparait à travers sa référence à « l’existence de conditions appropriées » pour la convocation de l’assemblée et de l’exigence des autorités de « respecter les fondements constitutionnels, législatifs et canoniques ».  Toutes les autres déclarations du primat du diocèse russe et de Nouvelle-Nakhitchevan de l’Église apostolique arménienne, qui ne sont en vérité que de « lyriques digressions», sont sans aucune importance.

A trois mois des élections législatives arméniennes, cette affirmation relayée par une agence de presse d’État russe, selon laquelle Nikol Pachinian serait arrivé au pouvoir « par un coup d’État » ne signifie qu’une chose : Moscou partage cette analyse de Yézras Nersissian. Peut-être même a-t-elle été élaborée dans les «laboratoires politico-médiatiques » du Kremlin, pour être présentée par un haut dignitaire religieux arménien.

Une question reste en suspens : les forces d’opposition en Arménie considèrent-elles également les événements d’avril-mai 2018 comme un « coup d’État » ? 

Yézras Nersissian insiste à deux reprises sur le fait que « l’Église est une institution qui se situe au-dessus des partis, mais que le gouvernement a violé la Constitution afin de la réduire au silence, de la priver d’influence et de la soumettre ». Dans le même temps, les partis d’opposition accusent également les autorités d’« organiser une campagne contre l’Église ». 

Doit-on en déduire qu’ils reconnaissent ainsi Karékine II en tant que leader politique ?

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(1)  Egalement frère du Catholicos Karékine II.
(2)  La Révolution de velours dirigée par Nikol Pachinian.