Aliev a fait marche arrière sur l’incident de Nakhitchevan
Vahram ATANESSIAN
1in.am, Erevan le 9 mars 2026
C’est avec un léger retard que nous publions cet article de Vahram Atanessian concernant l’affaire du drone tombé sur l’aéroport de la ville de Nakhitchevan le 5 mars (1). Le président azerbaïdjanais avait alors immédiatement réagi en visant l’Iran et en menaçant avec sa brutalité légendaire ce pays, rappelant même comment il avait « résolu » le problème de l’Artsakh. Les analyses de V. Atanessian demeurent néanmoins toujours d’actualité alors que nous assistons à une extension du conflit en cours à toute la région.
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Tard dans la soirée du 8 mars, le site officiel de la présidence azerbaïdjanaise publiait un communiqué concernant l’entretien téléphonique entre les présidents iranien Pezeshkian et azerbaïdjanais Aliev qui avait eu lieu le même jour. Ce communiqué détaillait la situation actuelle entre les deux pays sous tous ses aspects. En résumé, Téhéran réaffirmait, cette fois-ci lors d’un entretien en face à face, que l’Iran n’avait aucun lien avec les drones lancés en direction du Nakhitchevan. En réponse, Aliev s’était contenté de déclarer qu’« il était important d’enquêter sur l’incident du Nakhitchevan ».
Que s’est-il passé durant ces trois derniers jours pour ainsi contraindre Aliev à non seulement accepter une conversation téléphonique avec Pezeshkian, mais aussi à admettre que l’incident de Nakhitchevan faisait l’objet d’une enquête, comme l’avaient annoncé précédemment le ministère des Affaires étrangères et l’état-major des forces armées iraniennes ? Ce revirement d’Aliev intervenait alors que plus d’une soixantaine de pays à travers le monde avaient condamné « l’attaque de missiles iranienne sur le territoire azerbaïdjanais » et exprimé leur soutien.
Le 7 mars, une conférence des ministres des Affaires étrangères des États membres de l’Organisation des pays turcophones s’est tenue à Istanbul. La déclaration commune adoptée à l’issue de cette conférence a clairement affirmé que ni la Turquie ni les États turcophones d’Asie centrale ne fourniraient d’assistance militaire directe à l’Azerbaïdjan en cas de conflit armé avec l’Iran. De plus, le document appelait à la retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’exacerber les tensions dans la région.
Les discussions étaient en fait menées par le ministre turc des Affaires étrangères, Fidan, qui est très probablement l’auteur du texte de la déclaration conjointe. On peut certes constater que la position de la Turquie poursuit des objectifs totalement différents de ceux d’un soutien à l’Iran, mais dans cette situation très particulière, la position pragmatique d’Ankara permet d’espérer que la menace d’un affrontement militaire irano-azerbaïdjanais appartient désormais au passé ou a été repoussée pour une durée indéterminée.
En cas de conflit armé irano-azerbaïdjanais, même s’il demeurait de nature circonscrite, ou s’il devait encore survenir à l’avenir, le processus de paix arméno-azerbaïdjanais s’écarterait sans aucun doute de son cours normal et entrerait dans une phase de blocage. Dès lors, il est évident que les relations arméno-turques seraient également au point mort. Ce qui, par conséquent, remettrait en question l’ouverture de canaux de communication dans la région, la coopération économique et une éventuelle intégration.
Reste à voir comment Ilham Aliev réagirait. Le 5 mars, il avait ordonné à son armée et aux autres services de sécurité de préparer et de mener une opération militaire de riposte. Les forces armées azerbaïdjanaises avaient été placées en état d’alerte maximale.
Selon certaines sources, une mobilisation partielle aurait même été déclenchée.
L’enquête sur l’incident du Nakhitchevan annoncée pourrait bien durer des mois.
Dans cette perspective, les troupes azerbaïdjanaises resteront-elles en état d’alerte maximale pendant cette période ?
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(1) Selon le communiqué officiel de l’Azerbaïdjan, un drone avait frappé le terminal de l’aéroport de la République autonome du Nakhitchevan, et un autre s’était écrasé près d’un bâtiment scolaire dans le village de Shakarabad. Le ministère des Affaires étrangères de Bakou avait fait état de deux blessés et de dégâts sur les structures aéroportuaires. La communication officielle précisait également que l’Azerbaïdjan avait convoqué l’ambassadeur iranien et que le pays se réservait le droit de riposter.
