Vers un rapprochement entre Moscou et Bakou ?
Alors que les textes signés le 8 août 2025 sous les auspices de D. Trump entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan semblaient menacer durablement les positions de la Russie dans la région, le conflit qui a éclaté entre Israël, les États-Unis et l’Iran va peut-être permettre à Poutine de reprendre langue avec l’Azerbaïdjan, qui avait largement pris ses distances par rapport à son ancien suzerain et allié pendant la guerre d’agression contre l’Artsakh et l’Arménie en septembre 2020, puis en 2023. Originaire d’Artsakh, observateur et analyste confirmé de la diplomatie azerbaïdjanaise, Vahram Atanessian précède une nouvelle fois tous ses confrères, et sans doute aussi les diplomates arméniens, en évoquant un potentiel revirement d’Aliev et un rapprochement de l’Azerbaïdjan et de la Russie qui explique sans doute la « prudence » des autorités arméniennes dans leurs relations avec Moscou. Ci-dessous, le texte de Vahram Atanessian publié par 1in.am à Erevan le 17 mars.
Gorune
Bakou et Moscou rétablissent leur coopération stratégique
Maintenant, alors que l’Iran a prouvé sa capacité à fermer le détroit d’Ormuz, ses voisins sont confrontés à une menace sans précédent. Si cette menace persiste, le danger sera durable. C’est ce que rapporte le quotidien israélien russophone « Vesti », citant le professeur Bernard Haykel, chercheur au « Centre d’études du Proche-Orient » de l’université de Princeton, aux États-Unis. Un commentateur de l’agence Reuters a de son côté souligné qu’après deux semaines d’opérations militaires, « l’initiative reste entre les mains de l’Iran ». Ce média de référence a constaté que les monarchies arabes du Golfe, « bien qu’elles souhaitent que les États-Unis détruisent les capacités militaires de l’Iran, n’ont aucune envie de participer à la guerre ». De fait, parmi les pays de la région, seuls les Émirats arabes unis soutiennent clairement la position américaine.
La Commission européenne a exclu hier l’envoi de navires de guerre dans le détroit d’Ormuz. Kaja Kallas, Haut-commissaire européenne à la sécurité et aux relations extérieures, a déclaré : « Ce n’est pas notre guerre ». Le même jour, le président américain Donald Trump a appelé les pays de l’OTAN et la Chine à lever le blocus du détroit d’Ormuz. Pékin a catégoriquement exclu toute participation à des opérations militaires. L’OTAN devrait vraisemblablement prendre une décision similaire.
La rédaction de l’agence de presse russe « RIA Novosti » a qualifié l’attaque israélo-américaine contre l’Iran d’« échec stratégique, aucun des objectifs fixés n’ayant été atteint ». Il est frappant de constater que cet organe de presse d’État russe insiste particulièrement sur la « décision de la Turquie et de l’Azerbaïdjan de ne pas participer à la guerre contre l’Iran ».
Dans ce contexte, l’ambassadeur d’Azerbaïdjan à Moscou, Rahman Mustafaev, a déclaré à la presse que la Russie et l’Azerbaïdjan « œuvrent à la pleine restauration de leurs relations ». L’ambassadeur n’a pas précisé de domaines particuliers, ni l’étendue de cette coopération. Il convient de noter que peu avant l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, le commandant en second des forces aérospatiales russes, Youri Grekhov, se trouvait à Bakou.
Les parties sont très probablement en contact opérationnel permanent concernant la situation autour de l’Iran. La déclaration sur les relations d’alliance stratégique entre l’Azerbaïdjan et la Russie, signée il y a quatre ans, demeure donc en vigueur.
Apparemment, le rétablissement complet des relations russo-azerbaïdjanaises fait partie des scénarios qui pourraient se présenter après la cessation des opérations militaires contre l’Iran.
