Le 30 décembre, le site d’information « 1in.am » publiait un nouveau billet de Vahram Atanessian qui suit toujours en expert avisé les médias azerbaïdjanais pour y débusquer les informations intéressant l’Arménie et les Arméniens. Son dernier article porte sur les propos de Panah Huseynov, un ancien haut-fonctionnaire azerbaïdjanais, qui justifie la déportation des Arméniens de Bakou – plus de 250 000 personnes – mais plus largement de l’ensemble des Arméniens d’Azerbaïdjan, soit 360 000 personnes entre 1988 et 1990 (1).
Après avoir analysé l’interview de P. Huseynov, V. Atanessian démonte les arguments du discours d’Aliev-junior sur le prétendu « Azerbaïdjan occidental », discours dans lequel l’autocrate de Bakou établit un parallèle « égalitaire » entre l’exil forcé des Arméniens de son pays et le départ, sans qu’une seule goutte de sang n’ait été versée, des Azéris d’Arménie.
Les propos de Huseynov attestent, si besoin était encore, que les pogroms de 1988, 1989 et 1990, et l’exode forcé des Arméniens d’Azerbaïdjan, ont bien été organisés par les autorités de son pays, même si ce dernier tente de donner un « vernis humanitaire » à cette déportation généralisée à laquelle il a lui-même participé.
GORUNE
Panah Huseynov neutralise le discours d’Ilham Aliev sur « l’Azerbaïdjan occidental »
Panah Huseynov, ancien Secrétaire d’État et Premier ministre, ancien député du Milli Mejlis (2) et dirigeant du Parti du peuple d’Azerbaïdjan, a nié lors d’un entretien avec un journaliste du site Azpost.info, les accusations portées contre lui par le politologue Zardusht Alizadeh et a assuré qu’en octobre 1988, alors qu’il appelait la population à participer à un sit-in sur la place Lénine de Bakou, il n’aurait jamais déclaré « quiconque ne s’assoit pas est Arménien ». Huseynov indique cependant qu’un tel slogan a bien été lancé, mais par « plusieurs militants participant à cette action ». Il a également reconnu avoir été, du 13 au 15 janvier 1990, l’un des organisateurs de la déportation de la population arménienne de Bakou. Il a toutefois « confirmé » qu’ils disposaient d’informations selon lesquelles le « KGB soviétique » avait l’intention de répéter les événements de Sumgaït dans la capitale azerbaïdjanaise ». Ils se seraient donc organisés et convoyé les Arméniens vers l’Arménie par train et par avion. Huseynov, qui était à l’époque commandant d’un des groupes armés du Front populaire azerbaïdjanais, falsifie évidemment la réalité. La population arménienne de Bakou a été dans sa grande majorité déportée vers Krasnovodsk, une ville du Turkménistan. Mais le plus important dans tout cela réside dans les éléments factuels qu’il rapporte, attestant qu’une déportation massive de la population arménienne a bien eu lieu depuis Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan soviétique. Quant à savoir pourquoi cela s’est produit, l’ancien haut responsable azerbaïdjanais avance un argument bien étrange, mais qui constitue en réalité l’explication la plus plausible.
Il affirme que 700 Arméniens travaillaient dans une seule usine de Bakou, mais qu’« aucun d’entre eux n’avait prononcé un seul mot de réprobation à l’encontre du mouvement né au Karabakh ». Visiblement nostalgique de cette « époque héroïque », Huseynov pose des questions très rhétoriques : « Combien d’Arméniens vivaient à Bakou ? et « A-t-on entendu l’un d’entre eux condamner le séparatisme du Karabakh ? ». Historien de profession et chercheur à l’Institut de philosophie et de droit de l’Académie des sciences de la RSS d’Azerbaïdjan à cette époque, Huseynov n’aurait, en principe, pas dû savoir, « combien d’Arméniens travaillaient dans telle ou telle usine à Bakou ». Mais il cite des données statistiques, ce qui prouve que les militants du Front populaire disposaient des données personnelles de plus de deux cent cinquante mille Arméniens vivant à Bakou et agissaient au vu et au su des organes d’État.
L’interview de Huseynov constitue une preuve objective indiquant qu’en Azerbaïdjan les Arméniens ont été persécutés et soumis à des déportations forcées uniquement parce qu’ils ne condamnaient pas le mouvement d’autodétermination qui avait débuté au Haut-Karabakh.
Qu’il ait, intentionnellement ou non, organisé les massacres et les déportations massives d’Arméniens à Bakou sur les ordres de Heydar Aliev, les propos de Panah Huseynov — qui avait été nommé Premier ministre par ce dernier — viennent ainsi contredire le discours d’Ilham Aliev sur l’« Azerbaïdjan occidental ».
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(1) Ce nombre n’inclut pas les Arméniens du Haut Karabakh, soit 150 000 personnes, contraints à l’exil entre septembre 2023 et septembre 2024.
(2) Le parlement azerbaïdjanais.
