La représentation de la RHK à Erevan transformé en entrepôt alimentaire de la « Fondation Eurasie »

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Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 11 Avril 2026

Un déporté du Haut-Karabakh a publié sur son compte Facebook un message révélant que le bâtiment de la représentation permanente du Haut-Karabakh à Erevan avait été mis à la disposition de la « Fondation Eurasie » pour servir d’entrepôt à l’aide humanitaire reçue de Russie. On ne pouvait guère attendre plus de la part des « autorités » de l’Artsakh. 

Depuis quelques jours, leurs propagandistes réclament à grands cris des compensations à l’Arménie, certains allant même jusqu’à suggérer que l’aide apportée aux habitants de l’Artsakh et les titres de propriété qui leurs sont attribués« finissent une fois de plus dans les poches des ‘’Arméniens d’Arménie’’ » (1).

En cette période préélectorale, l’«aide humanitaire» de la « Fondation Eurasie » est politisée. On fait miroiter aux déplacés d’Artsakh que « la Russie prend de nouveau soin d’eux », tandis que les autorités arméniennes « ne font que propager des discours de haine et adopter des attitudes discriminatoires ». Il est aisé de deviner qui orchestre cette propagande. Il suffit de constater le nombre de « like » et de partages de la publication anti-arménienne d’Aram Gabrielyanov (2) pour comprendre l’état d’esprit qui règne parmi les déplacés d’Artsakh.

Selon des sources bien informées, chaque colis « d’aide humanitaire » de la Fondation « Eurasie » revient à cinq mille drams (3). Il s’agit d’une aide modeste qui, sur le fond, ne résout aucun problème, mais il semble que des personnes s’y inscrivent et la perçoivent. On est ici très probablement confronté à une dépendance psychologique, les personnes déplacées étant constamment confortées dans l’idée que « la Russie demeure le seul ami de l’Artsakh ».

La transformation du bâtiment de la représentation permanente du Haut-Karabakh à Erevan en entrepôt témoigne d’une dépendance à l’égard de la Russie, ce qui est humiliant tant sur le plan politique qu’humain. Cette initiative des « autorités » de l’Artsakh est tout simplement honteuse, car elle les transforme en instruments du « distributeur » et, bien évidemment, de «pourvoyeur d’aide ».

Comment sera tranchée la question de ce bâtiment, ancienne représentation diplomatique (4), transformé en dépôt de riz et d’huile, un acte qui échappe à toute logique ?

Il y a un an, alors que les mandats du président de l’Artsakh et de l’Assemblée nationale arrivaient à échéance, la population déplacée de l’Artsakh devait élire de nouveaux représentants. Cependant, les « autorités » ont choisi une autre voie et ont prolongés leurs mandats par une décision de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, une instance qui n’existe d’ailleurs pas. Elles se sont ainsi imposées de facto à cent vingt mille personnes et agissent aujourd’hui en leur nom. 

Mais nul ne sait dans quelle mesure la population déplacée leur fait confiance. 

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(1)  Les « Hayasdantsi ». On notera que ce sont les mêmes milieux qui accusent ces deniers de « diviser la nation » en vilipendant les Artsakhiotes.
(2)  Aram Gabrelyanov, propagandiste russe d’origine arménienne, né au Daghestan, proche du Kremlin, fondateur et le rédacteur en chef du portail d’information « Life » et propriétaire de plusieurs media pro-kremlin.
(3)  Un peu plus de 10 euros.
(4)  Considérant l’acte de dissolution de la RHK, le gouvernement arménien estime que cette représentation n’a plus lieu d’être et souhaite reprendre le bâtiment qui avait été autrefois confié aux autorités de  la RHK afin d’accueillir leur représentation dans la capitale arménienne.