L’économie russe ne peut garantir une « Arménie forte »

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Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 12 avril 2026

Le premier rassemblement du parti « Arménie forte » s’est tenu durant lequel un message vidéo de Samuel Karapetian (1) a été diffusé (2). Son discours repose sur la vision d’une « économie forte, d’une diplomatie forte, d’une armée prête au combat et d’une paix digne et garantie » ; il insiste en particulier sur le fait que « nous devons être forts en Russie ». Cette dernière affirmation indique que Samvel Karapetyan conditionne le potentiel économique, la force diplomatique, une armée prête au combat et une paix digne de l’Arménie à ses relations avec la Russie.

Partant de là, on peut se demander pourquoi l’Arménie, liée à la Russie par des liens politiques, sécuritaires et économiques, n’a pas pu se doter d’une économie forte, d’une diplomatie efficace, d’une armée prête au combat et, finalement, imposer son programme de paix digne à l’Azerbaïdjan durant les vingt-cinq années qui séparent la « Première guerre du Karabakh » et celle des « Quarante-quatre jours ». On peut également se demander pourquoi la Russie, alliée stratégique de l’Arménie, a investi davantage en Azerbaïdjan durant cette même période et est devenue son principal fournisseur d’armements modernes.

Mais revenons à la réalité. Citant des données officielles de l’Institut de prévision des développements économiques de l’Académie des sciences de Russie, Le journal « Nezavisimaya Gazeta »,  a rapporté qu’au premier trimestre de cette année, l’économie russe avait enregistré une baisse de 1,5 % de son PIB par rapport à la même période l’an dernier. Les baisses les plus importantes ont été constatées dans les secteurs de la construction et du transport de marchandises. Mais ce n’est pas tout. Le même institut scientifique prévoit que si les tendances négatives se poursuivent, l’économie russe chutera de la quatrième à la soixante-dix-huitième place mondiale. Et cela pourrait se produire dès 2030. Cette prédiction est d’autant plus probable que la Russie est en conflit avec l’Union européenne, que les négociations visant à attirer d’importants investissements américains n’aboutissent pas et que la réorientation vers l’Est exige du temps et des ressources financières supplémentaires. Si l’institut scientifique russe officiel publie des prévisions aussi pessimistes, il faut comprendre  que la situation réelle de l’économie russe est pire encore que ne le laissent paraître les statistiques. 

Dans ce cas, lier l’avenir de l’Arménie à celui de la Russie, c’est demeurer prisonnier de ce même environnement économique. 

Il ne s’agit pas de rompre les liens économiques avec la Russie, mais la position politique du dirigeant « d’Arménie forte » ne laisse place qu’à deux hypothèses : soit il ignore la réalité de l’économie russe, soit il la manipule délibérément.

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(1)  L’oligarque arméno-russe.
(2)  L’après-midi du samedi 11 avril, sur la place de la Liberté – ex place de l’Opéra- d’Erevan.