Vers une restructuration des alliances dans l’espace euro-asiatique ?
Dans le contexte international actuel, on assiste à un déplacement des lignes traditionnelles de la diplomatie et de la géopolitique, au point qu’il en est difficile de dire clairement aujourd’hui qui est allié avec qui. La politique incohérente et belliciste des États-Unis d’Amérique désempare non seulement les analystes, mais aussi toutes les chancelleries. Les guerres d’agression de ce pays et de son allié israélien contre l’Iran et le Liban perturbent les relations internationales bien au-delà des théâtres d’opérations en précipitant le monde dans un vaste chaos politique et économique. Tous les pays de la région, dont l’Arménie, tentent de limiter les risques pour leurs États et leurs peuples. C’est dans ce contexte que se redessinent, ou se renforcent, les systèmes d’alliances. Une fois de plus, en observateur avisé, Vahram Atanessian décortique les informations politico-diplomatiques les plus récentes parvenues de la région pour nous proposer une analyse de ces faits et des perspectives que n’ont pas forcément les spécialistes qui se succèdent sur les plateaux des chaines d’informations en continu françaises. Son dernier article paru dans 1in.am nous éclaire sur les alliances en gestation dans la région et les menaces potentielles pour l’Arménie. La question de la survie de l’OTSC à laquelle appartient encore formellement l’Arménie est posée. Les perspectives de sa transformation en une nouvelle alliance autour de la Russie avec les Etats turcophones d’Asie centrale, la Turquie, voire la Chine et la Corée du nord, ne peut qu’inquiéter.
Gorune
La Russie prépare une nouvelle alliance militaire : l’OTSC est-elle menacée de dissolution ?
Le 12 avril, le président russe Vladimir Poutine a eu un entretien téléphonique avec les présidents biélorusse et iranien, Alexandre Loukachenko et Massoud Pezechkian. Le service de presse du Kremlin a indiqué que Poutine et Loukachenko avaient évoqué la visite de ce dernier en Corée du Nord et « la possibilité d’une coopération trilatérale ». Vladimir Poutine a évoqué hier avec le président iranien les pourparlers irano-américains qui se sont tenus à Islamabad. Il s’est dit prêt à « consulter tous les pays partenaires » afin d’apaiser les tensions dans la région.
Le président iranien a exprimé sa gratitude à Poutine pour son « soutien sur les plateformes internationales et son aide humanitaire ». Selon des sources occidentales et israéliennes, l’Iran « aurait acquis des systèmes de défense aérienne mobiles auprès de la Russie et de la Chine et profite du cessez-le-feu pour rétablir son système de défense aérienne ».
Selon certaines sources, la Chine jouerait le rôle de médiateur officieux dans les pourparlers irano-américains à Islamabad. Le quotidien israélien « Yedioth Ahronoth » a de son côté rapporté que la Chine avait menacé de suspendre ses achats de pétrole iranien si Téhéran refusait de s’asseoir à la table des négociations. Ces pourparlers n’ont cependant abouti à aucun accord. On notera qu’à la veille de l’entretien téléphonique entre Poutine et Loukachenko au sujet de la coopération trilatérale avec la Corée du Nord, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang, où il a été reçu par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Les détails de cette rencontre restent à ce jour inconnus.
C’est dans ce contexte, que des informations troublantes nous parviennent du Kazakhstan. Des sources de l’opposition pro-russe « ont révélé qu’Astana avait autorisé la Turquie à effectuer des livraisons de matériel militaire par voie aérienne et terrestre ». Les autorités kazakhes n’ont ni confirmé ni infirmé ces informations, mais l’opposition kazakhe est convaincue que « l’Organisation des États turcophones se révélera très prochainement être une sorte ‘’d’OTAN asiatique’’, une alliance militaro-politique, et que l’OTSC (1) sera déjà officiellement dissoute ».
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(1) Alliance militaire née en 2002 regroupant plusieurs anciennes républiques soviétiques dont l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan autour de la Russie. L’Arménie a « gelé » son adhésion à l’alliance en 2023 du fait de son inaction lors des dernières guerres d’agression de l’Azerbaïdjan contre l’Artsakh et l’Arménie. La partie arménienne lui reproche en particulier de ne pas avoir mi en action la défense anti-aérienne commune protégeant la République d’Arménie et de ne pas être intervenue lorsque l’armée azerbaïdjanaise a violé les frontières du pays et envahie sont territoire souverain.
