L’Arménie va-t-elle devenir un réseau électrique que chacun pillerait à son gré ?
Ancien député au Soviet suprême et homme politique, Azat Archakian
Dans un entretien récemment accordé au media « Zarkerak.am », et faisant allusion aux données publiées par Samuel Karapetian (1), Azat Archakian, ancien député au Soviet suprême et homme politique, a déclaré « Si quelqu’un s’est spécialisé dans un domaine et a réussi dans ce domaine, qu’il continue à faire ce qu’il sait faire. Puisqu’il a réussi à gagner de l’argent, qu’il continue de le faire et qu’il laisse la politique aux politiciens. La politique ne lui a pas réussi, il a fini en prison » (2).
Selon Azat Archakian, si ce dernier est en capacité d’améliorer la vie des autres, il devrait s’y consacrer d’une manière ou d’une autre. Et de poursuivre : « S’il ne l’a pas encore fait, c’est qu’il ne souhaite pas le bien-être des gens. Dans ce cas, est-il réellement en recherche d’une position qui lui permettrait d’aider la patrie ? S’il sait comment gagner de l’argent, qu’il le gagne et le distribue, qu’il l’investisse dans l’éducation, la santé, la défense. Qu’il le fasse maintenant ! Qui l’en empêche ? ».
Poursuivant son propos en se référant à ceux de Samuel Karapetian selon lesquels il serait prêt à tout sacrifier pour l’Arménie, Archakian déclare: « quelqu’un lui tient-il la main pour l’en empêcher ? Qu’ils améliorent les infrastructures, construisent des routes, modernisent les réseaux électriques qui lui appartiennent, qu’ils modernisent les chemins de fer russes sur leurs deniers. Je ne comprends pas ce qu’il veut. S’il veut sacrifier à bon escient ses biens, les offrir à ses compatriotes ; s’il veut accroître sa fortune aux dépens de ses compatriotes, aux dépens de la République d’Arménie, alors il finira en prison, comme c’est le cas actuellement. Une question se pose: si il est un homme d’affaires accompli, alors pourquoi le réseau électrique arménien est-il défaillant ? (3) Pourquoi le cirque n’a-t-il pas été reconstruit dans les temps ? (4) Jusqu’à présent, il a gagné de l’argent dans le monde entier. Pourquoi est-il soudainement venu en Arménie ? Je ne le comprends pas, mais il ne l’explique pas non plus …. Certes, l’Arménie a besoin d’aide. Oui, elle est endettée, alors qu’il rembourse une partie de cette dette de plusieurs milliards ; ce serait un cadeau pour tous les Arméniens. Il existe un moyen de servir la patrie : réduire sa dette publique. Au lieu de ça, il marchande avec l’État arménien. Les citoyens de la République d’Arménie ont un avis : ils ont déclaré vouloir se diriger vers l’Europe. Une pétition a été lancée, elle est devenue une loi (5). Il a déclaré qu’il s’y opposait, qu’il voulait mener la République d’Arménie vers la ‘’non-liberté’’, qu’il était opposé aux projets du peuple arménien ».

Évoquant également la déclaration de Karapetian selon laquelle il transmettait la direction de l’entreprise qu’il a fondée à ses enfants et que lui servirait le pays, Archakian a déclaré : « C’est une ruse de paysan. Avant tout cela, à qui allait-il léguer ses biens ? À ses enfants, bien évidemment. A-t-il rédigé un testament stipulant que ses biens devaient revenir à la République d’Arménie ? Il y a des personnes fortunées qui prévoient à l’avance dans leur testament de léguer leurs biens à une organisation. Elles laissent certes à leurs héritiers une maison et de quoi subvenir à leurs besoins, mais elles lèguent la majeure partie à une fondation. Qu’il en fasse donc autant. »
Et de conclure « Jusqu’à ce jour, ses biens, comme par exemple les réseaux électriques, ont fait l’objet de nombreux abus : soit on l’a abusé et volé, soit il a lui-même participé à ces vols. La République d’Arménie va-t-elle devenir un réseau électrique que chacun pourrait piller à son gré ? Est-ce là son objectif pour l’Arménie ? »
D’après « ZARKERAK », Erevan le 13 avril 2026
Azat Archakian, un homme libre, un combattant de l’indépendance
Petit-fils de Koulag et militant de la Liberté comme son prénom le prédisposait, est né en 1950 à Erevan. De 1967 à 1972, il est étudiant à l’Institut d’architecture et de construction d’Erevan. Dès l’âge de 15-16 ans, il collabore avec des dissidents clandestins actifs en Arménie. Après ses études secondaires, il se rend à Khabarovsk (Extrême-Orient russe) pour intégrer l’école de pilotage et devenir pilote. Il travaille ensuite à l’aéroport local. En 1966 -1967, il adhère à l’Union de la jeunesse arménienne, puis à l’organisation « Shant », et enfin au Parti national uni (PNU), des organisations clandestines caractérisées alors de « nationalistes » par le pouvoir soviétique. En 1970, il témoigne lors du procès des membres du PNU. En 1973, Azat participe à l’incendie d’un grand portrait de Lénine installé sur la place Lénine à Erevan avec quelques camarades. L’année suivante, il est arrêté et condamné à sept ans de prison et à trois ans de bannissement en Russie. En 1977, il bénéficie d’une libération anticipée. En 1981, il est arrêté une seconde fois pour « activités antisoviétiques ». Considéré comme un récidiviste particulièrement dangereux pour l’État, il est condamné à huit ans de prison et trois ans d’exil. Il est libéré en 1987 grâce à la « Perestroïka » gorbatchévienne. À partir de 1989, il participe à nouveau activement à la vie publique et politique de l’Arménie. L’année suivante, il est élu député au Soviet suprême de la RSS d’Arménie, puis député à l’Assemblée nationale en 1995. Il a été l’un des fondateurs du Parti Démocrate-chrétien d’Arménie.
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(1) Samuel Karapetian est né en 1965 à Kalinino, alors district de la RSS d’Arménie, aujourd’hui appelé Tachir. Considéré comme un « oligarque » russo-arménien – il réside en Russie – il est propriétaire du groupe immobilier « Tachir » et possédait le principal réseau de distribution d’électricité d’Arménie. D’après les données de Forbes publiées en 2026, la fortune de Samuel Karapetian aurait augmenté de 900 millions de dollars en un an, pour atteindre 4,1 milliards de dollars.
(2) Accusé par le gouvernement arménien de servir les intérêts de la Russie et de chercher à déstabiliser le pays, il avait d’abord été arrêté et emprisonné en mars 2026, avant d’être assigné à résidence. Venu en Arménie pour participer à un rassemblement pour « défendre l’Église apostolique arménienne agressée par Pachinian », il avait déclaré que si les hommes politiques d’Arménie n’arrivaient pas à le faire, il le ferait « à sa façon ». Il avait alors été arrêté au motif que cette affirmation constituait une menace à peine voilée pour l’ordre constitutionnel en Arménie. Ces dernières semaines, il a fondé un parti baptisé « Arménie forte » qui s’oppose au parti du Premier ministre N. Pachinian en vue des élections législatives d’Arménie du 7 juin 2026.
(3) S. Karapetian était propriétaire de la société des Réseaux électriques d’Arménie (HETS) qui ont été, d’après les autorités, l’objet d’une gestion chaotique marquée par des malversations et une grande gabegies. L’État arménien a donc confisqué ce réseau et nommé un administrateur provisoire en attendant de décider de son statut à venir, nationalisation, ou privatisation.
(4) Le groupe de S. Karapetian avait acquis il y a très longtemps l’ancien cirque de la ville d’Erevan bâti par les soviétiques. Après de nombreuses années d’abandon, ce chantier n’a repris que très récemment pour être enfin achevé.
(5) Allusion à une pétition lancée par un ensemble de partis pro-européens appelant le gouvernement arménien à entamer une procédure de demande d’adhésion de l’Arménie à l’UE. L’initiative avait recueilli plus de 60 000 signatures. Le 12 février 2025, le Parlement arménien avait adopté, par 63 voix contre 7 et en première lecture, le projet de loi visant à entamer des négociations pour rejoindre l’Union européenne. Soumis aux députés le 9 janvier par le gouvernement, le texte qui « annonçait le début d’un processus d’adhésion à l’UE », « ayant fixé comme objectif de faire de l’Arménie un pays sûr et développé », avait été adopté en deuxième lecture.
