Paris : Les Voix de la Mémoire

WhatsApp Image 2026-04-23 at 10.58.39

Un événement hors du commun dans l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne

À l’initiative de la Fédération Francophone de Débat* et de la Conférence Olivaint**, un événement exceptionnel s’est tenu le 22 avril dernier à l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Il proposait une sélection de textes sur l’amitié franco-arménienne, à travers un programme mêlant éloquence, musique et danse. Ce dernier mettait en lumière la mémoire historique, la culture arménienne et une mise en scène artistique illustrant les liens entre la France et l’Arménie.

Dans un amphithéâtre plein à craquer, le public a assisté avec enthousiasme à ce programme articulé autour de la mémoire, de l’amitié historique entre la France et l’Arménie, et de la transmission culturelle et politique.

Parmi les thèmes phares des relations franco-arméniennes abordés, on retrouvait également des axes récurrents tels que la culture et le patrimoine, l’éducation, la jeunesse, la coopération économique et la gouvernance locale.

Au cours de la soirée, l’auditoire a tout particulièrement pu apprécier la lecture d’un ensemble de textes (de Jaurès et de Clemenceau), ainsi que des prises de parole poignantes sur la mémoire arménienne (Le Charjoum), la solidarité intellectuelle française, l’histoire commune franco-arménienne (A.P.I. / Armenia Peace Initiative), et la transmission aux jeunes générations.

Côté artistique, la soirée a été rythmée par la musique du Djan Trio — avec Chouchane Djergaian, Guillaume Garnier de Barros et Avi Mizrahi — et par les performances de la compagnie de danse Yeraz, sous la direction artistique de Christina Galstian-Agoudjian.

En outre, le public a été touché par l’art poétique de Yériché Djergaian, avec notamment la lecture de la dernière lettre de Missak Manouchian à son épouse Mélinée.

Taline Papazian a ensuite pris la parole. Directrice générale de l’A.P.I. (Armenia Peace Initiative), docteure en science politique, spécialiste des conflits armés et des États post-soviétiques, et chargée de cours à Sciences Po Aix, elle a, comme à son habitude, traité avec une grande maîtrise et beaucoup de pragmatisme les défis actuels de l’Arménie. Son intervention s’intitulait : « L’Arménie face à son avenir : de la guerre de 2020 à la veille des élections législatives de 2026 ».

Elle a déclaré en substance : « Les élections qui se tiennent en juin 2026 en Arménie marquent une étape importante pour ce pays. Les accords de paix signés à Washington le 8 août 2025 avec l’Azerbaïdjan laissent espérer une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays, tout comme avec la Turquie. Ils supposent pourtant le renoncement à des éléments de l’identité politique de l’Arménie post-soviétique : la dépendance par rapport à la Russie et le soutien à l’autonomie de la région arménienne du Haut-Karabakh en Azerbaïdjan, perdue en 2023… »

Puis elle a ajouté : « Les élections qui se profilent sont paradoxales. Elles portent des enjeux décisifs pour l’avenir de l’Arménie :

  • Pour sa démocratisation, qui demande à être poursuivie avec plus de vigueur ;
  • Pour le processus de paix, qui demande à être consolidé et rendu irréversible ;
  • Pour l’émancipation de l’Arménie par rapport à la Russie, le dossier sur lequel les handicaps à surmonter sont les plus lourds.

Les élections législatives du 7 juin prochain devraient pouvoir permettre de répondre à ces défis ; pourtant, elles peinent à mobiliser les abstentionnistes. Offrir des perspectives de réconciliation à une société multifracturée et la mobiliser autour d’un projet porteur de sens sera indispensable pour digérer les ruptures majeures de ces dernières années. »

Une autre prise de parole très remarquée et particulièrement applaudie fut celle de Yériché Gorizian, représentant du Charjoum – Le Mouvement, qui a mis en exergue le droit de continuer à dire et à espérer.

Dans son discours, il a notamment souligné : « Les rapports de force en présence et la géopolitique ne devraient pas nous empêcher de parler de notre dignité, de justice, et de libération des otages détenus illégalement en Azerbaïdjan. La défaite militaire de 2020 et la réactivation du processus génocidaire à l’encontre du peuple arménien ne sauraient priver les habitants de l’Artsakh, chassés de leurs terres, de tous leurs droits en tant que peuple qui aspire à vivre chez lui. »

Il a poursuivi : « La politique panturquiste est plus ancienne ; en 1894 au Sassoun, en 1905 au Nakhitchevan, en 1909 à Adana, en 1915 dans toute l’Asie Mineure, en 1920 à Chouchi, en 1988 à Soumgaït ou encore en 2020 en Artsakh, il n’y a de guerre que lorsque les Arméniens sont en capacité de résister, sinon cela s’appelle un génocide. »

Et de conclure : « Nous ne sommes pas naïfs : par sa diplomatie comme par ses guerres, l’Azerbaïdjan poursuit le même objectif, celui de l’effacement des Arméniens. La main qui est tendue par Aliev à Pachinian vient de détruire la dernière église de Stepanakert, la capitale de la République du Haut-Karabakh. Nos désirs en tant que nation, nos aspirations et nos rêves ne sauraient perpétuellement s’adapter au cadre imposé par ceux qui veulent anéantir le peuple arménien. »

La soirée s’est terminée par Le Chant des partisans, entonné par les organisateurs et repris en chœur par le public.

Schanth VOSGUERITCHIAN

* La FFDE a pour vocation de promouvoir la prise de parole en public et d’en démocratiser l’accès, en rendant l’éloquence et le débat accessibles au plus grand nombre.

www.ffdeloquence.org 

** La Conférence Olivaint est une association étudiante française fondée à l’automne 1874, considérée comme l’une des plus anciennes du pays. Elle a été créée par des jésuites et porte le nom du père Pierre Olivaint, exécuté en 1871 pendant la Commune de Paris.

Son objectif est de former les jeunes à la vie publique et politique, notamment par des conférences régulières, des débats et des rencontres avec des personnalités. La structure se présente comme un centre indépendant d’éducation à la politique et à la vie publique.