Une Arménie souveraine ou seulement une part du « peuple arménien souffrant » ?

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Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 3 mai 2026

Le discours du président russe Vladimir Poutine prononcé le 24 avril était adressé aux participants à la cérémonie commémorative des victimes du génocide rassemblés dans l’église arménienne de Moscou. Le texte ne mentionnait ni la République d’Arménie, ni les relations d’alliance stratégique entre la Russie et l’Arménie, ni l’avenir des deux États.

Samuel Karapetian dirige le parti « Arménie Forte ». Avec ses coéquipiers, il promet non seulement une économie florissante et le bien-être pour tous, mais aussi la création d’une armée puissante et l’instauration d’une « paix digne » avec les pays voisins. Aram Gabrelyanov reste muet, frappé par la « tristesse qu’il voit dans les yeux de Samuel ». Ce magnat des médias russe Aram Gabrelyanov écrit sur son compte Facebook personnel : « Plus je regarde la vidéo de Samuel Karapetian, et plus je comprends qu’actuellement l’Arménie a précisément besoin de ce genre de dirigeant. Un homme qui, lorsqu’il nous dit que des enfants s’endorment en Arménie la faim au ventre, voit ses yeux se remplir de tristesse. C’est de lui qu’a besoin l’Arménie, c’est de lui qu’elle a besoin ».

Le discours de Poutine du 24 avril constituait évidemment un soutien politique à l’opposition arménienne. Le politologue Gabrelyanov conseille à Samuel Karapetian de « ne pas s’écarter de la ligne officielle ». Selon lui, l’Arménie est « le lieu où vit une partie de ce  peuple arménien souffrant, où les enfants ont faim, où leurs parents sont malheureux, et où trois millions de personnes pourraient être heureuses si elles ne votaient non pas pour Pachinian, mais selon le principe du « toujours avec la Russie ». »

Certes, Aram Gabrelyanov est un cynique, mais dans ce cas précis, il convient de le remercier. Par un message de cinq lignes posté sur son compte Facebook, il a révélé que la Russie ne reconnaît pas l’Arménie en tant qu’État et qu’elle n’envisage aucune perspective de relations avec elle d’égal à égal. En tant que sujet souverain.

L’opposition arménienne se trouve donc confrontée à un choix extrêmement difficile. Moscou l’« incite » à adopter le discours visant à « sauver le peuple arménien souffrant d’un nouveau génocide », discours qui, en réalité, produit l’effet inverse. Toute discussion en dehors de ce « cadre » est inacceptable pour les stratèges politiques du Kremlin, comme en atteste  clairement le message de Gabrelyanov.

« Arménie forte » et les autres partis d’opposition n’ont plus de temps pour élaborer de nouveaux discours de propagande. De plus, un revirement par rapport au discours initial ne serait pas accepté par leurs partisans. Il est donc fort probable que la propagande d’« Arménie forte » ne soit qu’un leurre, le véritable objectif n’étant en fin de compte que « le salut de ce peuple arménien en souffrance depuis si longtemps », et non la construction d’une « Arménie forte ».