La campagne électorale commence à battre son plein

Screenshot

Screenshot

Alors que missiles et drones s’abattent sur Kiev et même sur Moscou, en Europe orientale et ailleurs au Moyen-Orient, sur les monarchies du golfe Persique exposées à la provocation du régime islamique d’Iran, l’Arménie connaît un autre rythme de vie marqué par l’effervescence, propre à la situation née de la campagne électorale. Un scrutin qu’on peut qualifier de décisif pour l’avenir de la République d’Arménie.

À plus d’une dizaine de jours du début de la campagne qui a mobilisé les principales formations politiques, outre le parti au pouvoir, le Contrat civil, le trio pro-russe (« Alliance Hayastan », « Arménie forte », « Arménie prospère ») doté de soutiens très importants tant financiers qu’informationnels venant du Kremlin, semble se démener pour convaincre son électorat traditionnel, mais surtout une frange importante, si ce n’est majoritaire qui, selon les enquêtes et sondages, reste indécise. D’autres partis politiques, selon les moyens dont ils disposent, tentent d’intervenir et de rester sur le devant de la scène. Le parti « La République » que dirige le frère de Vazguen Sarkissian et ancien Premier ministre, Aram Sarkissian, ayant mobilisé ses militants, prend la parole dans divers endroits pour expliquer son programme, de même que le parti « Au nom de la République » privilégie les interventions courtes et thématiques sur les réseaux sociaux. Quasiment partout dans Erevan, on voit des affiches électorales à l’effigie des têtes de liste.

Ces jours-ci, la campagne entre dans une phase plus intensive marquée par une tension qu’on pourrait juger comme précoce. Robert Kotcharian a pris l’initiative d’employer des termes vexatoires à l’adresse du Premier ministre qui « braie… » (sic). Nikol Pachinian a répondu du tac au tac. Cette ligne franchie, les autres personnalités participant à la campagne ont fait preuve de « créativité » dans leur expression et leur vocabulaire, souvent désobligeants et même pire.

L’opposition pro-russe vient d’adopter une tactique différente de celle, assez morne, du début, plus agressive et provocatrice. Elle consiste, au-delà des insultes et des accusations, à introduire des personnes dans les regroupements qui se forment lors de l’intervention du Premier ministre dans les villes ou quartiers d’Erevan, pour contrer ses dires. Par exemple, une femme se présentant comme médecin a apostrophé Nikol Pachinian, visiblement en vue de l’énerver. Une autre jeune femme, devant les journalistes massés autour d’elle, l’a accusé d’avoir été responsable de la mort de 5 000 jeunes pendant la guerre des 44 jours. À travers ces interventions / perturbations du déroulement de la campagne, l’opposition pro-russe aidée par les agents de la 5e colonne agit en vue d’imposer des thèmes auxquels la société reste sensible et qui constituent une problématique discutable, comme celle concernant le Haut-Karabakh.

Sans doute l’intensité de la campagne et très probablement le poids d’une certaine fatigue ont poussé le Premier ministre à imprudemment « mordre à l’hameçon ». En début de semaine, lors de sa tournée, il a rencontré Arthur Ossipian, militant artsakhiote et chef d’un parti d’opposition à la clique mafieuse au pouvoir à Stepanakert. La discussion au sujet de la question du Haut-Karabakh a vite tourné à l’incompréhension et aux accusations mutuelles. Les gardes du corps présents l’ont emmené au poste de police pour « hooliganisme ». Tigran Petrossian, un autre militant artsakhiote, interrogé par TV 1, a regretté cet échange désobligeant entre les deux et a rappelé que les propos tenus par certains responsables du Contrat civil ou de Nikol Pachinian au sujet des Artsakhiotes sont inacceptables, tels que « déserteurs, pourquoi n’êtes-vous pas parmi les martyrs, pro-Kotcharian… ». En tout état de cause, le Premier ministre aurait dû répondre avec retenue par un langage modéré qui ne puisse pas aggraver le drame ressenti par la plupart des Artsakhiotes. Ils ont connu des guerres et l’épuration ethnique de 2023 et font l’objet de manipulations et de tentatives d’instrumentalisation de la part du « clan mafieux des pillards » d’antan.      

Armand M.