Le vote du 7 juin est un vote contre traité de Brest-Litovsk
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 3 juin 2026
Dmitri Medvedev, le président du Conseil de sécurité russe, qui, en général, dit ce que Vladimir Poutine «s’interdit» d’exprimer, a comparé Nikol Pachinian à Léon Trotsky et l’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne, ou son maintien au sein de l’Union Euro-asiatique, au dilemme qui s’était posé lors de la signature du traité de Brest-Litovsk. Cette comparaison, qui paraît de prime abord « surréaliste » – quel lien pourrait bien exister entre Pachinian et Trotsky ? – révèle de manière subtile le comportement de la Russie bolchevique envers l’Arménie et le peuple arménien et avertit que « rien, ni personne n’a changé » depuis cette époque.
La question de l’entité politique arménienne dans le Caucase[1] [de l’Etat arménien] a été réglée de facto par le traité de Brest-Litovsk[2], dont la Russie bolchevique, l’Allemagne et l’Empire ottoman étaient parties prenantes. Par ce traité, les bolcheviks cédèrent à l’Empire ottoman tous les territoires conquis par le droit de la guerre, ainsi que la région de Kars, devenue russe en 1878. On sait qu’auparavant, le gouvernement bolchevique avait adopté le « Décret sur l’Arménie turque » qui reconnaissait le droit à l’autodétermination des provinces à population arménienne[3]. Le traité de Brest mit fin à cette question et laissa les Arméniens livrés à eux-mêmes face à l’armée ottomane.

Le traité de Brest a été non seulement une trahison envers le peuple arménien, mais aussi envers la « Commune » de Stepan Chahoumian à Bakou, car, d’un point de vue géopolitique, il ouvrait les portes du Caucase aux Ottomans[4]. Pourquoi ? Parce que les bolcheviks préféraient l’occupation turque de Bakou et de toute la Transcaucasie à l’occupation britannique et étaient prêts à tout pour que la Grande-Bretagne ne s’empare pas du pétrole de Bakou. C’est pourquoi les forces arméniennes furent contraintes de se replier d’Erzurum et de livrer une bataille acharnée à Sardarapat, « aux portes » d’Erevan.
Un « Second Brest-Litovsk » a été réalisé par la Russie « en synergie avec la Turquie » entre 2020 et 2023 au Haut-Karabakh.

Medvedev menace très probablement Pachinian de « contraindre ce dernier à appliquer le point 9 de la « déclaration du 9 novembre » 2020, dont le « mot de passe » est le « détachement en douceur » du Syunik de l’Arménie. Si on exclut ce contexte, comparer Nikol Pachinian à Trotsky relève du surréalisme le plus total.
Le décret « Sur l’Arménie turque » a été reçu avec enthousiasme par les bolcheviks arméniens. L’historiographie arménienne soviétique alla même jusqu’à affirmer que le texte était probablement de la plume même de Stepan Chahoumian. De fait, un accord entre les bolcheviques et le Dachnaktsoutioun avait été conclu sur cette base. A Bakou, une partie des forces armées arméniennes fut alors placée sous le commandement de Chahoumian.
Aujourd’hui, l’opposition arménienne, qui, il y a un ou deux ans, reprochait à Pachinian de « refuser d’appliquer les accords » du 9 novembre »[5], laisse entendre que s’il est réélu, « l’Arménie perdra son statut d’État ».
Dmitri Medvedev a expliqué comment cela se produirait, rappelant le précédent du traité de Brest, qui aurait été en réalité un accord avec la Turquie ottomane « visant à mettre un terme au génocide arménien dans la région ».
Medvedev menace donc ouvertement l’Arménie.
Seule l’institutionnalisation de la paix arméno-azerbaïdjanaise et le règlement du conflit arméno-turc garantiront la neutralisation de cette menace.
A cet égard, le vote du 7 juin constituera un vote contre le traité de Brest-Litovsk.
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C’est-à-dire de l’existence d’un Etat arménien. ↑
Signé le 3 mars 1918 dans la ville de Brest-Litovsk, aujourd’hui située en Ukraine, ce traité entre les gouvernements des empires centraux menés par l’Empire allemand et la république russe bolchévique, met définitivement fin aux combats et à la guerre sur le front de l’Est de la Première Guerre mondiale. Par ce traité, la Russie abandonne les territoires occupés par son armée dans l’Empire ottoman et les régions de Kars et de Batoum. ↑
Extrait du « Décret sur l’Arménie turque » du 11 janvier 1918 (29 décembre 1917) : « Le Soviet des Commissaires du Peuple annonce au peuple arménien que le Gouvernement des Travailleurs et Paysans de Russie soutient le droit des Arméniens ‘’d’ Arménie turque’’ occupée par la Russie à l’autodétermination jusqu’à l’entière indépendance ». ↑
La « Commune de Bakou » était un gouvernement soviétique formé à Bakou qui a duré du 25 avril au 25 juin 1918. Ses dirigeants étaient les « 26 commissaires », issus du Parti bolchevique et du Parti socialiste-révolutionnaire de gauche, dirigés par Stepan Chahoumian et soutenus par les ouvriers russes et arméniens de la ville. Alliés pendant un temps au parti dachnak afin de résister à l’armée turque venue prendre possession de la ville, la « Commune » est finalement renversée par ce parti allié aux mencheviks et la droite socialiste-révolutionnaire. ↑
Les deux derniers points de cet « accord de cessez-le-feu » signé le 10 novembre 2020 par l’Arménie et l’Azerbaïdjan sous les auspices de V. Poutine précisaient : (8) « Toutes les liaisons économiques et de transport de la région seront restaurées. La république d’Arménie garantit la sécurité des liaisons de transport entre les régions orientales de la république d’Azerbaïdjan et la république autonome du Nakhitchevan afin d’organiser la libre circulation des citoyens, des véhicules et des marchandises dans les deux sens. Le contrôle des transports sera exercé par les garde-frontières du Service fédéral de sécurité de Russie », (9) « Par accord des parties, la construction de nouvelles communications de transport reliant la république autonome du Nakhitchevan et les régions occidentales de l’Azerbaïdjan sera assurée ».. ↑
