Karékine II a « anathématisé » les citoyens arméniens
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 3 août 2026
Le 2 août, des députés de l’opposition élus à l’Assemblée nationale se sont rendus au saint Siège d’Etchmiadzine. Ils y ont été reçus par Karékine II, le Catholicos de tous les Arméniens. Le service d’information du saint Siège a rendu compte de cette visite.
Dans son discours d’accueil, Karekine II a notamment affirmé que les « défis extérieurs et intérieurs » auxquels le pays est confronté aujourd’hui annoncent de nouvelles épreuves, et que les surmonter exige « un effort maximal ainsi que l’union des institutions étatiques et nationales, sans oublier la mobilisation de personnalités hautement qualifiées dans divers domaines professionnels ». En évoquant la situation, le Catholicos a qualifié de « profondément préoccupants » le « manque de concorde dans la vie nationale, les actions délétères et nuisibles, la division de la société, la polarisation politique, la dénaturation des valeurs et des idéaux chers [aux Arméniens], ainsi que les mesures illégales et inconstitutionnelles prises à l’encontre de l’Église arménienne, autant d’éléments qui entravent la mission féconde de l’Église au sein de la nation » et a conclu qu’en conséquence, « les fondements de l’unité nationale et des relations entre l’Arménie et la diaspora sont ébranlés, et que le renforcement de la démocratie et de l’État de droit est compromis… ».

« L’anathème » du Catholicos visait évidemment le Premier ministre Nikol Pachinian et le parti du « Contrat civil ». Rappelons pour mémoire qu’au cours de la période préélectorale, Karékine II avait rendu visite à Samvel Karapetian, le chef de l’alliance « Arménie forte ».
Le service de presse du saint Siège a indiqué aux médias que le catholicos souhaitait que fort de son « dévouement envers l’Église et de son patriotisme si caractéristiques », ce dernier continue « d’apporter sa significative contribution au profit de la nation, pour le bien de la patrie et le développement des Arméniens du monde entier ».


Abordant le thème des fondements idéologiques du renforcement du potentiel de l’État, Narek Karapetian, le chef de la faction « Arménie forte », a insisté sur le « caractère particulier du peuple arménien en tant que nation mondiale ». Il semblerait que le Catholicos de tous les Arméniens avait cela à l’esprit lorsqu’il a de son côté fait allusion à « l’érosion des fondements de l’unité nationale et des relations entre la Diaspora et l’Arménie ». Cela signifie que Karékine II considère également les autorités arméniennes actuelles comme des « forces de division au sein de la nation», alors qu’ « Arménie forte » vise à « restaurer le statut de la nation au plan mondial ».
Le registre de vocabulaire spécifiquement religieux et les propos du Catholicos ne masquent cependant pas la portée politique de ses propos. C’est sans doute l’aspect le plus dangereux de son discours, puisque le gouvernement en place a été formé avec les suffrages des citoyens. Qualifier les autorités de personnes « sapant les fondements de l’unité nationale » revient donc à qualifier de « schismatiques » ceux qui ont voté pour elles.
Or, Karékine II n’est pas le Catholicos de la seule opposition, ou des organisations nationales de la diaspora, mais le Catholicos de tous les Arméniens, et tous les membres de l’Église apostolique arménienne sont ses enfants.
Le 2 août, le responsable suprême du saint Siège a malheureusement divisé les citoyens de la République d’Arménie[1] en deux catégories : les « siens » et les « autres ».
Si le Catholicos ne reconnaît pas la volonté des citoyens telle qu’elle s’est exprimée lors du scrutin du 7 juin et « anathématise » le gouvernement formé à cette occasion, alors il refuse, de fait, de les considérer comme ses enfants.
Cette position constitue de fait une « ligne de séparation » extrêmement dangereuse, d’autant plus que Karékine II a également laissé entrevoir la perspective de «défis internes à venir ».
______
Mais aussi de très nombreux fidèles de la diaspora de l’Église apostolique arménienne qui ne partagent pas ses choix politiques et ceux d’un certains nombres de hiérarques de son entourage immédiat. ↑
