La prison de Chouchi a bel et bien été un « nouvel Auschwitz », mais pour les Arméniens

Prison de Chouchi

Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 1er août 2026

Edmon Maroukian, le président du parti « Arménie lumineuse », a récemment réagi à une vidéo postée sur « Twitter » par Hikmet Hadjiev, un conseiller du président de l’Azerbaïdjan. Réalisée par Ričardas Lapaitis[1], cette vidéo présentait la prison de Chouchi comme un « Auschwitz du Caucase » comparant ainsi de fait le Haut-Karabakh à un camp de concentration nazi, alors que le documentaire dans lequel les détenus sont présentés comme des animaux et de véritables anthropophages est entièrement consacré aux Arméniens.

E. Maroukian manifestait son mécontentement du fait « qu’il n’y avait rien dans la presse arménienne au sujet de ce rapport, de la vidéo publiée par Hikmet Hadjiev, des fonds dépensés ou du fait qu’on avait emmené cette personne à la prison de Chouchi pour la filmer ». Il en profitait pour livrer son analyse politique : « Ils nous présentent comme un peuple très éloigné de la civilisation universelle, un peuple qui a jeté des Azerbaïdjanais dans la prison de Chouchi et les y a torturés. ».

Il semblerait que Maroukian ait suivi la presse arménienne de manière très sélective car l’auteur de ces lignes a justement récemment publié un article sur 1in.am à ce sujet. Mais là n’est pas l’essentiel. Entre avril et août 1991, l’opération « Goltso » (« Anneau », en russe) avait été menée au Haut-Karabakh conjointement par des forces soviétiques de répression et des unités des forces spéciales du ministère azerbaïdjanais de l’Intérieur. A l’époque, les Arméniens arrêtés avaient été détenus à la prison de Chouchi, puis transférés au camp de « Chouvelan », près de Bakou[2].

Durant des mois, Nvard Soghomonian, journaliste du « Sovetakan Gharabakh » [Karabakh soviétique], avait mené des entretiens individuels avec des dizaines de personnes qui avaient été détenues à la prison de Chouchi et au centre de « Chouvelan », puis libérées dans le cadre d’échanges de prisonniers de guerre azerbaïdjanais. C’est en s’appuyant sur ces entretiens qu’elle avait publié l’ouvrage « Goltso » à Stepanakert en 1993.

Edmond Maroukian est un responsable de parti disposant de nombreux liens à l’étranger. J’imagine que Nvard Soghomonian aura réussi à sauver au moins un exemplaire de son livre lors de l’exode forcé des Artsakhiotes. Je demande à Edmond Maroukian de bien vouloir prendre en charge les frais de traduction et de publication en anglais et en russe de l’ouvrage « Goltso » de Nvard Soghomonian, et d’organiser une présentation du livre. Un documentaire pourrait également être réalisé à partir de cet ouvrage. Ce sera une réponse appropriée à la « vidéo » de Hikmet Hadjiev.

La prison de Chouchi a bel et bien été un « nouvel Auschwitz », mais pour les Arméniens.

Quant à savoir pourquoi une affaire aussi importante n’a pas été largement médiatisée à l’époque, la question est éminemment politique. Je crois qu’il n’y a à cela qu’une seule explication : personne, ni à Stepanakert, ni à Erevan, n’a eu le courage de simplement « froisser » Moscou. 

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  1. Ričardas Lapaitis est un journaliste militaire et reporter-photographe lituanien. Il est connu pour avoir été l’un des rares occidentaux présents sur le terrain lors de la Première guerre du Haut-Karabagh. Bien qu’il se présente comme un « chercheur indépendant », son positionnement et ses travaux sont très ouvertement alignés sur les positions officielles de l’Azerbaïdjan. Il y a encore quelques jours, il se trouvait à Bakou  où il s’est rendu à « l’Allée des Martyrs ». Il y a déposé des fleurs devant le monument des victimes du « Génocide de Khodjaly » et celui des « martyrs » de la guerre du Karabakh. https://ednews.net/en/lithuanian-military-journalist-richard-lapatis-visits-alley-of-martyrs/

  2. Cette prison se trouve dans la commune éponyme située à 30 km au Nord-Est de Bakou.