L’Artsakh à l’ère numérique : une plateforme pour préserver une culture vivante

Digital House

Alors que le patrimoine matériel du Haut-Karabakh est sous la menace d’une effacement systématique depuis l’expulsion forcée de sa population arménienne en septembre 2023, une initiative d’envergure vient d’être lancée pour préserver et transmettre son héritage immatériel. Présentée au public à Erevan, la plateforme en ligne « Digital House of Artsakh Culture » ambitionne de devenir le gardien vivant de la mémoire, de l’identité et des traditions du peuple d’Artsakh.

Une nouvelle plateforme destinée à recueillir et transmettre le patrimoine culturel immatériel de l’Artsakh a été présentée à Erevan. Baptisée « Digital House of Artsakh Culture » (artsakhian.org), elle vise à rassembler, documenter et rendre accessible en ligne les différentes expressions de la culture artsakhiote.

Accessible à l’adresse artsakhian.org, la plateforme a été créée à l’initiative de l’agence de développement « Nous sommes nos montagnes », avec le soutien de la Fondation Calouste Gulbenkian. Son lancement intervient trois ans après le déplacement forcé de la population arménienne de l’Artsakh, qui a interrompu la transmission de nombreuses pratiques culturelles dans leur environnement d’origine.

Dialectes, traditions orales et folklore, chants et musique, rites et fêtes, artisanat, savoirs liés à la nature et pratiques de la vie quotidienne : le projet entend documenter une culture qui, jusqu’à récemment, se transmettait principalement au sein des familles et des communautés.

La structure de la plateforme s’inspire des cinq grands domaines du patrimoine culturel immatériel définis par l’UNESCO. Elle comprend notamment une bibliothèque, une vidéothèque, une photothèque, une audiothèque ainsi qu’un dictionnaire, afin de réunir des sources de nature différente au sein d’un même espace numérique.

« Il était important pour nous que l’Artsakh soit présent dans l’espace numérique à travers la culture qu’il a créée », a expliqué Narine Aghabalian, directrice adjointe de l’agence « We Are Our Mountains » et responsable du projet. Selon elle, la plateforme entend présenter l’Artsakh non comme une page refermée du passé, mais comme une culture vivante, où la langue, la mémoire, les personnes et les récits restent liés.

Le projet se veut également participatif. Ses responsables invitent les habitants de l’Artsakh, les chercheurs et les familles conservant des archives personnelles à partager photographies, vidéos, enregistrements sonores, témoignages et récits. L’objectif est ainsi d’enrichir progressivement les collections et de multiplier les sources disponibles.

Pour l’historien et anthropologue Hamlet Petrossian, membre de l’équipe scientifique, la rigueur de la documentation constitue un enjeu essentiel. Il souligne l’importance de présenter cette culture de manière précise et scientifiquement fondée, alors que son environnement de transmission a été profondément bouleversé.

La présentation de la plateforme ne marque donc que le début du projet. Ses responsables prévoient de poursuivre son enrichissement avec de nouvelles archives scientifiques et familiales, des témoignages oraux et d’autres documents.

À travers cette initiative, le numérique devient ainsi un nouvel espace de transmission pour une culture dont les lieux de vie et les communautés ont été dispersés. L’enjeu n’est pas seulement de conserver des archives, mais de permettre à des pratiques, des récits, des mots et des savoirs de continuer à circuler et à être transmis aux générations futures.