Quel avenir pour la 102e base militaire russe à Gyumri ?
À la suite de leur rencontre bilatérale à Bichkek et des déclarations de Vladimir Poutine affirmant que Moscou pourrait retirer sa présence militaire d’Arménie « dès demain », Nikol Pachinian a franchi une nouvelle étape diplomatique. Le Premier ministre arménien a déclaré que la 102ᵉ base russe de Gyumri ne représentait plus une « nécessité vitale » pour le pays et qu’Erevan ne s’opposerait pas à son départ.
L’alignement sécuritaire qui liait l’Arménie à la Russie depuis les années 1990 continue de se modifier profondément. Interrogé à la suite de son entretien avec le président russe Vladimir Poutine dans la capitale kirghize, Nikol Pachinian a précisé la position d’Erevan quant à la présence militaire de Moscou sur le sol arménien.
La fin d’un tabou stratégique ?
Historiquement perçue par Erevan comme l’ultime rempart contre une éventuelle agression extérieure — et notamment turque —, la 102ᵉ base militaire russe de Gyumri héberge près de 5000 soldats sous le commandement du district militaire Sud de la Russie. Mais l’inactivité des forces de maintien de la paix russes lors de l’offensive azerbaïdjanaise sur le Haut-Karabakh et les incursions répétées dans les zones frontalières arméniennes ont profondément ébranlé cette confiance.
Interrogé sur la sortie de Vladimir Poutine — qui avait affirmé que la Russie ne « forcerait personne » et quitterait le pays si l’Arménie n’en voyait plus l’utilité —, Nikol Pachinian a directement acté la position d’Erevan : « L’Arménie ne considère pas la présence de la 102ᵉ base militaire russe comme une nécessité vitale et ne s’opposerait pas à son retrait si Moscou décidait de quitter le pays. »
Un accord théoriquement valable jusqu’en 2044
Bien que l’accord bilatéral prolongé en 2010 prévoie le maintien de la base de Gyumri jusqu’en 2044, la portée politique de cette déclaration est majeure. Si Erevan ne demande pas formellement l’expulsion immédiate des troupes russes pour éviter une rupture brutale, le gouvernement arménien signale ouvertement que le statu quo militaire n’a plus de valeur cardinale.
Cette prise de distance s’inscrit dans un mouvement plus large de diversification des alliances sécuritaires : gel de la participation arménienne aux activités de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective), rapprochement avec l’Union européenne et contrats d’armement d’envergure conclus avec la France et l’Inde.
Reconfiguration des infrastructures d’État
Le désengagement ne touche pas seulement le domaine militaire. Lors de la même prise de parole, le Premier ministre arménien a également évoqué la gestion du réseau ferroviaire national, actuellement concédé à la société nationale des chemins de fer russes (RZD). Nikol Pachinian a suggéré qu’un transfert de cette concession à un pays tiers serait désormais la meilleure option pour restaurer le rôle de transit international de l’Arménie.
Entre pragmatisme géopolitique et rupture progressive, l’Arménie semble parier sur une souveraineté retrouvée, sur fond de mise en place de nouveaux partenariats occidentaux et asiatiques. Mais dans une région toujours sous tension, reste à savoir si cette redéfinition du modèle sécuritaire permettra d’assurer durablement la stabilité du pays face aux pressions régionales.
