L’avis de la défenseure des droits de l’homme Siranouche Sahakian sur le retour des otages arméniens
« La « valeur » des mercenaires syriens, au sens transactionnel, est bien plus élevée que ce que les autorités arméniennes ont imaginé, à mon avis », a déclaré lors d’un entretien avec Panorama.am la spécialiste en droit international Siranouche Sahakian, qui représente les droits des prisonniers devant la CEDH, en commentant les informations officielles concernant la libération aujourd’hui (14 janvier) de quatre prisonniers arméniens de Bakou et la remise de deux mercenaires syriens par l’Arménie.
Panorama.am – Madame Sahakian, comment évaluez-vous le retour des quatre prisonniers arméniens en Arménie : s’agissait-il d’un geste humanitaire ou du résultat d’un autre processus ?
Siranouche Sahakian – Naturellement, il est très réjouissant qu’au moins quatre prisonniers de guerre arméniens, ou plus exactement des otages, soient rentrés en Arménie. Surtout si l’on tient compte du fait que trois d’entre eux se trouvaient dans les prisons de Bakou depuis assez longtemps, et que Vakif Khatchatrian souffre de très graves problèmes de santé. Cependant, il faut également prêter attention à un autre événement survenu simultanément : le même jour, il a été rapporté que deux mercenaires syriens avaient été renvoyés aux autorités syriennes via la Turquie.
Panorama.am – C’est-à-dire, selon vous, qu’il s’agit d’un échange ?
Siranouche Sahakian – Oui. Dès décembre 2025, l’option d’une telle transaction probable était déjà en discussion. Il existait des informations selon lesquelles la libération des prisonniers arméniens était négociée précisément en échange des mercenaires. Il faut comprendre que les mercenaires présentent un intérêt considérable pour les cercles turco-syriens, car ils peuvent être engagés dans d’autres missions. Leur « valeur », au sens transactionnel, est bien plus élevée que ce que les autorités arméniennes ont imaginé, à mon avis. À mon avis, il s’agit d’une transaction inégale. Les faits démontrent que les questions continuent d’être résolues non pas selon une logique humanitaire ou juridique, mais par une approche transactionnelle. En échange de la remise de ces deux criminels, l’Arménie aurait pu rapatrier un plus grand nombre d’Arméniens.
Panorama.am – Selon vous, pourquoi les représentants de la direction politico-militaire de l’Artsakh n’ont-ils pas été libérés ? L’Azerbaïdjan attend-il d’autres concessions ?
Siranouche Sahakian – La question de la direction politico-militaire est beaucoup plus complexe. Ici, nous avons affaire à une persécution politique et à une politique d’État visant à la délégitimation de l’entité politique de l’Artsakh. Il n’était pas réaliste de s’attendre à ce qu’ils soient rendus à ce stade. Les démarches de l’Azerbaïdjan étaient prévisibles. Ils devaient d’abord rendre les personnes déjà condamnées. Or, en ce qui concerne les dirigeants passés et présents de l’Artsakh, il n’y a pas encore de verdicts. Le sens principal de ces procès mis en scène est l’obtention d’actes judiciaires. Sans cela, l’Azerbaïdjan ne les libérerait en aucun cas. Par conséquent, leur retour à cette étape était exclu.
Panorama.am – Comment imaginez-vous les développements futurs concernant la question des prisonniers ?
Siranouche Sahakian – À mon avis, l’Azerbaïdjan agira selon la séquence suivante : il rapatriera d’abord les prisonniers condamnés de 2020, puis les huit citoyens après le procès du 15, et enfin, l’objet du plus grand marchandage sera la libération des dirigeants politico-militaires de l’Artsakh. C’est-à-dire qu’il faut s’attendre à leur retour tout à la fin.
Panorama.am – Peut-on dire que les deux mercenaires syriens constituaient la dernière carte de l’Arménie ?
Siranouche Sahakian – Si nous parlons de leviers locaux, concrets et spécifiques, oui, c’était essentiellement le dernier. Cependant, l’Azerbaïdjan attend également des concessions sur des questions géopolitiques plus larges. C’est sur la toile de fond de cet agenda plus vaste que pourraient avoir lieu les libérations ultérieures. Il s’agissait d’une démarche ciblée. Nous avons remarqué que la partie azerbaïdjanaise n’a manifesté aucun lien apparent avec la question des mercenaires. Le transfert des mercenaires a été présenté comme s’inscrivant prétendument dans le cadre d’une coopération juridique internationale avec la Syrie ; l’axe Arménie-Syrie et Arménie-Turquie a été souligné, tandis que la composante arméno-azerbaïdjanaise a été évincée. Cela a été fait pour que l’Azerbaïdjan n’admette pas, même indirectement, l’accusation de mercenariat. N’oublions pas que dans le conflit de l’Artsakh, des mercenaires ont été engagés via la Turquie sur instruction de l’Azerbaïdjan, ce qui est inadmissible du point de vue du droit international.
