L’enlèvement du président vénézuélien Maduro par les États-Unis et la menace de s’emparer du Groenland constituent une invitation lancée par les États-Unis à donner carte blanche à toutes sortes d’ingérences, d’enlèvements et d’attaques par divers moyens contre les petits États par les puissances internationales. Si jusqu’à présent les États-Unis menaient de telles actions de manière dissimulée pour renverser des régimes réputés adversaires qui ne respectaient pas ses intérêts, dans le cas du Venezuela, ils ont ouvertement déclaré leur position à visage découvert en tant que stratégie de la première puissance du monde. Ainsi, le Secrétaire d’État Marco Rubio affirmait que le Venezuela n’est pas l’Irak ou la Libye, qu’il appartient à l’hémisphère Nord et ne doit pas servir de station aux adversaires des États-Unis, et que le Venezuela restera sous blocus jusqu’à ce que des forces gouvernementales protégeant les intérêts américains prennent le pouvoir…
Après la mise en œuvre de cette orientation stratégique de la politique étrangère américaine, il n’est pas surprenant que le célèbre animateur russe Soloviev ne manque pas l’occasion de lancer un appel pour que la Russie effectue également une « intervention militaire spéciale » contre l’Arménie, comme elle l’a fait contre l’Ukraine. Soloviev a également averti les anciennes républiques turcophones de l’Union soviétique de ne se rapprocher d’aucune manière de l’OTAN.
La logique est très simple : selon Soloviev, les relations États-Unis-Venezuela et Russie-Arménie présentent des similitudes. « Pour nous, les développements en Arménie sont beaucoup plus douloureux que ceux au Venezuela. Perdre l’Arménie est un problème énorme », a déclaré Soloviev.
Le ministère des Affaires étrangères d’Arménie a eu le courage de réagir aux déclarations de Soloviev en convoquant l’ambassadeur de Russie en Arménie, Sergueï Kopyrkin, au ministère et en lui remettant une lettre de protestation officielle. On peut se demander ce que vaut une protestation diplomatique face à l’usage de la force, lorsque l’État le plus puissant du globe ou la Russie refusent de jouer selon les règles du jeu diplomatique et lorsqu’ils recourent à la force brutale, en déni total du droit international ou sans l’accord du Conseil de sécurité de l’ONU. Que peut-on alors attendre des autres États, grands ou moyens ?
L’idéologie nationaliste MAGA (Make America Great Again – Rendre l’Amérique à nouveau grande) de l’administration Trump cible la Chine en tant que deuxième puissance économique du globe, qui compte environ un milliard quatre cents millions d’habitants. La nouvelle orientation agressive des relations internationales des États-Unis et la confrontation avec les alliés poursuivent l’objectif de réaffirmer sa domination économique. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, pendant la Guerre froide, les États-Unis ont créé l’OTAN et ont fait du dollar américain la monnaie internationale, l’imposant dans le commerce international, puis ont imposé l’abolition de la convertibilité du dollar en or. Ils ont utilisé l’extremisme religieux dans la lutte contre le pouvoir soviétique, comme avec les talibans en Afghanistan, le régime islamique en Iran, jusqu’à l’apparition de l’État islamique pendant le Printemps arabe, qui a contribué au renversement des pouvoirs qui leur étaient opposés au Moyen-Orient. Parallèlement à l’utilisation de l’élément religieux, les sanctions économiques, ainsi que l’interdiction d’utiliser le système monétaire international, l’emploi de la guerre hybride, l’utilisation d’outils numériques et de l’intelligence artificielle ont facilité l’intervention dans la politique intérieure des petits pays.
La nouveauté dans l’orientation de la politique étrangère américaine est le mépris de l’intégrité territoriale des alliés de l’OTAN, comme c’est le cas pour le Groenland. Ce qui signifie que les intérêts nationaux américains ne correspondent plus à la conception du monde libre occidental. En un mot, les États-Unis se préparent à une autre guerre pour défendre l’économie américaine et son dollar, qui a récemment connu une forte chute sur le marché international en tant que monnaie de paiement international, la Russie, l’Iran et d’autres pays des BRICS ne l’utilisant plus comme monnaie du commerce international. S’ajoutent également la question du contrôle des voies de circulation du commerce international et celle du transport du pétrole et d’autres productions minérales.
J. Tch.■
