Il y a quatre ans, jour pour jour, Poutine livrait l’Artsakh à Aliev

Aliev

Vahram ATANESSIAN

1in.am, 22 février 2026

Il y a quatre ans jour pour jour, le 22 février 2022, les présidents russe Vladimir Poutine  et azerbaïdjanais Ilham Aliev signaient au Kremlin une « Déclaration sur la coopération stratégique ». Quelques heures avant la cérémonie officielle de signature, Poutine  annonçait sa décision de reconnaître les régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk en tant qu’États indépendants, et la veille, il avait convoqué une réunion du Conseil de sécurité où la question du lancement d’une «opération militaire spéciale » contre l’Ukraine avait été abordée. Plus tard, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev déclarait que c’était pur hasard si la signature de la déclaration avait « coïncidé » avec la décision de Poutine de reconnaître les régions de Donetsk et de Louhansk en tant qu’« États indépendants » et de déclencher la guerre contre l’Ukraine.

En règle générale, les coïncidences sont plutôt rares en politique. 

La déclaration Poutine-Aliev comporte quarante points, mais nous n’avons  là que de la partie publique des accords. Selon les termes des premier et deuxième paragraphes du document, les parties reconnaissent mutuellement leur souveraineté, leur intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières existantes, et s’engagent à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’autre.

Compte tenu de la situation sur le terrain au moment de la signature de la déclaration, ces accords signifiaient très concrètement que la Russie reconnaissait la souveraineté, l’intégrité territoriale et les frontières que l’Azerbaïdjan se reconnaissait, et qu’elle reconnaissait sans aucune équivoque la question du Haut-Karabakh comme une affaire intérieure de l’Azerbaïdjan. La déclaration Poutine-Aliev annulait donc de facto le mandat du contingent russe au Haut-Karabakh en tant que garant du cessez-le-feu et accordait carte blanche à l’Azerbaïdjan. 

Il est très important de noter qu’un mois jour pour jour après la signature de ce document, une délégation de haut niveau du ministère russe de la Défense, conduite par le commandant en chef adjoint des forces terrestres russes, le colonel général Alexey Kim, s’est rendue à Bakou.

Deux jours plus tard, le 24 mars, alors que la délégation du ministère russe de la Défense se trouvait encore à Bakou, à l’initiative du commandement du contingent militaire russe au Haut-Karabakh, un « retrait miroir des troupes » a eu lieu en direction de la localité de Parukh, dans la région d’Askeran. En réalité, les unités de l’Armée de défense du Haut-Karabakh quittaient leurs positions en présence de « forces de paix » russes, et une demi-heure plus tard, des unités azerbaïdjanaises y étaient déployées. Dans l’après-midi, elles se dirigeaient vers le plateau de Karaglukh.

À l’issue des trois jours de combats, une partie du plateau restait sous le contrôle de l’Armée de défense de l’Artsakh et des forces spéciales du Service national de sécurité qui évacuaient plusieurs dizaines de civils, tandis que les Azerbaïdjanais s’installaient sur la ligne de front de Parukh. Peu après ces événements, le Premier ministre Nikol Pachinian annonçait depuis la tribune du Parlement  que le Haut-Karabakh « serait livré par petits bouts de Parukh» si un consensus international n’était pas trouvé pour garantir la sécurité et les droits de la population arménienne d’Artsakh.

Les événements qui suivirent sont connus, il semble inutile de les rappeler. 

Il suffit de rappeler clairement qu’un accord sur la reddition complète du Haut-Karabakh et la déportation forcée de sa population arménienne a bel et bien été conclu entre les présidents de la Russie et de l’Azerbaïdjan il y a quatre ans, le 22 février 2022. 

Ainsi, la sacro-sainte question de savoir « qui a livré le Haut-Karabakh » trouve une réponse claire et sans ambiguïté : l’Artsakh a été livré par le président russe Vladimir Poutine.