Qaani, le commandant de la Force Qods, était-il un « agent d’Aliev » ?

Քաանի

Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 8 mars 2026

Le député turc Ömer Faruk Gergerlioğlu a vivement critiqué le président azerbaïdjanais Ilham Aliev. Il lui a conseillé de régler ses problèmes familiaux et ses affaires de corruption avant de s’immiscer dans la politique étrangère. Gergerlioğlu a accusé Aliev de servir les intérêts d’un pays tiers dans l’affaire de l’aéroport de Nakhitchevan, contribuant ainsi à exacerber les tensions dans la région.

Le député Musa Gouliev[1], membre du parti au pouvoir au Milli Mejlis[2], a de son côté vivement critiqué Berat Albayrak, président du groupe turc de médias « Turkuvaz » et gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan[3]. Le parlementaire azerbaïdjanais l’a accusé de « diffuser dans les médias les discours de plusieurs députés turcs anti-azerbaïdjanais et de mener ainsi une politique visant à retourner l’opinion publique turque contre l’Azerbaïdjan ».

Le débat qui oppose à distance les parlementaires turc et azerbaïdjanais a été rendu public alors qu’une conférence des ministres des Affaires étrangères des États membres de l’Organisation des États turcophones se tient à Istanbul. On suppose que la position des États membres de cette organisation sur la situation en Iran, et plus largement dans la région, sera à l’ordre du jour. Si le débat Gergerlioğlu-Gouliev n’est pas une mise en scène, il pourrait signifier que les positions de la Turquie et de l’Azerbaïdjan sur la question iranienne ne coïncident pas toujours, ni en tous points.

Le général Ismael Qaani, commandant de la Force Al-Qods, unité d’élite du Corps des gardiens de la révolution islamique[4], « se trouve en Israël et n’est pas en danger ». Peu avant, plusieurs médias internationaux réputés avaient rapporté que Qaani « avait révélé le lieu de résidence de l’ayatollah Ali Khamenei au Mossad israélien, et qu’il avait été arrêté puis exécuté sur la base de ces soupçons ».

L’information concernant la présence de Qaani en Israël a probablement été diffusée par les services de renseignement israéliens. Il semble donc logique que l’Iran soupçonne en premier lieu l’Azerbaïdjan dans cette affaire. Le seul pays de la région entretenant une coopération étroite entre ses services de renseignement et Israël est l’Azerbaïdjan, sur le territoire duquel, y compris à la frontière avec l’Iran, des informations sur la présence de bases du Mossad ont été et sont encore régulièrement diffusées.

Il n’est pas exclu que l’attaque iranienne par un drone – ou plutôt l’attaque des Gardiens de la révolution- contre l’aéroport de Nakhitchevan soit liée à la fuite du général Qaani. Il est probable qu’il s’agissait d’une tentative d’obstruction, ou plus simplement d’une action de représailles.

Deux jours après l’incident de l’aéroport de Nakhitchevan, des sources israéliennes ont signalé la présence de Qaani en Israël. Cette information faisait suite aux assurances du président iranien qu’il ne lancerait plus de frappes de missiles sur les pays de la région, ce qui pouvait constituer un premier pas vers une détente avec l’Azerbaïdjan.

Mais si les informations provenant de sources israéliennes se révèlent exactes, l’Iran percevra probablement le général Qaani comme un agent d’Ilham Aliev, et Aliev comme un agent du Mossad.

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  1. Né en 1961 dans un village de la région de Sissian, en Arménie.




  2. Le parlement monocaméral de l’Azerbaïdjan.




  3. Berat Albayrak , né en 1978 à Istanbul, homme d’affaires, ancien PDG de la « Çalık Holding », gendre du président Recep Tayyip Erdogan. Il a été ministre du Trésor et des Finances du 10 juillet 2018 au 9 novembre 2020.




  4. En janvier 2020, il avait succédé à Ghassem Soleimani, son supérieur, tué par un drone américain à Bagdad, à la tête de la force Al-Qods.