Arménie : La paix à marche forcée avec l’Azerbaïdjan
Un article portant le titre susmentionné a paru dans le supplément « L’Époque » du journal Le Monde, dans son édition du dimanche 22 et lundi 23 mars 2026 (pages 16 et 17). Ce grand format signé Faustine Vincent, décrypte la marche forcée de l’Arménie vers la paix avec l’Azerbaïdjan. Après plus de trois décennies de conflit et la chute définitive de « l’enclave séparatiste » du Haut-Karabakh en septembre 2023, le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, s’efforce de sauver ce qui reste de son pays et de le sortir de l’isolement en normalisant ses relations avec son voisin.
Cette dynamique de paix inédite a été largement catalysée par l’intervention de Donald Trump, qui a joué le rôle de facilitateur lors d’un sommet historique organisé à Washington le 8 août 2025. À cette occasion, les dirigeants des deux ex-républiques soviétiques ont présigné un accord de paix exigeant des concessions majeures de la part d’Erevan, qui enterre ainsi toute revendication sur le Haut-Karabakh. L’argument central de cette réconciliation est un vaste plan commercial et d’infrastructures baptisé la « route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (ou projet Tripp). Ce réseau complexe, mêlant transports, énergie et fibre optique, a pour but stratégique de relier l’Asie centrale à l’Europe en contournant délibérément la Russie et l’Iran. Les États-Unis s’y taillent la part du lion, puisqu’ils détiendront 74 % des parts de ce projet pendant quarante-neuf ans. Sur le plan géopolitique, cette implication directe de Washington marque une marginalisation claire de Moscou, désormais perçue par Erevan comme un allié défaillant en raison de sa passivité face aux attaques azerbaïdjanaises.
Sur le terrain, cependant, la population arménienne vit ce bouleversement de manière très émotionnelle et reste profondément tiraillée. Si des signes concrets de normalisation apparaissent, comme l’arrivée inédite d’essence azerbaïdjanaise dans les stations-service du pays, la méfiance reste tenace et beaucoup refusent d’en acheter pour ne pas enrichir un ennemi historique. Le traumatisme des dizaines de milliers de pertes humaines rend l’idée même de pacifier les relations très difficile à accepter. Néanmoins, malgré une augmentation massive des dépenses militaires de part et d’autre, les services de renseignement arméniens estiment aujourd’hui que le risque d’une attaque de grande ampleur reste faible à ce stade, bien que l’incertitude demeure quant aux véritables intentions de Bakou pour établir une paix durable.
