La Turquie et l’Azerbaïdjan ont des « divergences »…

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…concernant l’Iran et « l’architecture de sécurité » de la région

Le 25 mars, le président iranien Massoud Pezeshkian a écrit en turc sur la plateforme de médias sociaux X : « La position ferme du président de la République de Turquie, mon cher frère M. Recep Tayyip Erdogan, qui condamne le régime sioniste agressif, est admirable. » Pezeshkian a souligné que le peuple turc a joué un rôle important dans le maintien de la solidarité de la communauté islamique au fil des ans. « Avec la bénédiction de Dieu, nous poursuivrons sur cette voie bénie », a conclu le président iranien.

L’Iran est actuellement confronté non seulement à l’attaque israélo-américaine, mais aussi à une période extrêmement difficile au sein même de ses élites politiques. Le rôle du président dans le système de gouvernance de l’État a été considérablement réduit. Selon certaines informations, l’alliance israélo-américaine considère le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, comme l’acteur principal de l’Iran post-conflit[1]. Les compliments adressés par Massoud Pezeshkian au président turc s’expliquent probablement par le rôle influent que joue Recep Tayyip Erdogan dans d’éventuelles négociations irano-américaines.

Le même jour, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien, Abbas Araghchi. Lors de cet entretien, il a déclaré qu’Ankara « était prêt à assumer la responsabilité d’instaurer la paix et la stabilité dans la région ». La Turquie a également tenu des consultations diplomatiques avec l’Arabie saoudite. L’agence « Anadolu » a rapporté que le 25 mars, Hakan Fidan s’était également entretenu par téléphone avec les ministres des Affaires étrangères de Syrie, du Qatar et d’Ouzbékistan et avait discuté de « questions visant à mettre fin à la guerre dans la région ».

Dans ce contexte, citant le débat entre parlementaires qui s’était tenu entre Bakou et Ankara il y a deux semaines suite aux propos acerbes d’Ilham Aliev à l’encontre des dirigeants iraniens[2], le media israélien « Israel Inside » en a conclu que la Turquie et l’Azerbaïdjan ne partageaient pas la même vision de la future architecture de sécurité de l’Iran et de la région. Selon des experts israéliens, « la Turquie met tout en œuvre pour empêcher Israël de devenir une puissance dominante au Moyen-Orient, tandis que la coopération avec Israël a un prix très élevé pour l’Azerbaïdjan ».

Il est difficile de déterminer la part de vérité et de propagande dans les « désaccords » turco-azerbaïdjanais. À en juger par les articles de la presse gouvernementale de Bakou, bien que l’Azerbaïdjan affiche une neutralité officielle, il espère en réalité que la coalition israélo-américaine « annihilera la théocratie iranienne ». Ilham Aliev a provoqué une vive inquiétude au sein du pouvoir à Téhéran afin de s’assurer qu’il ne sera plus possible de dialoguer sur le même ton avec un Iran post-conflit qui serait plus puissant.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la Turquie cherche à écarter Aliev de la coalition anti-iranienne. Il semblerait qu’Erdogan rencontre des difficultés en la matière, comme en témoigne l’appel téléphonique du ministre ouzbek des Affaires étrangères, Saidov, à Fidan.

Concernant l’Iran, le Kazakhstan a adopté une position neutre, mais il a également par ailleurs des orientations pro-israélienne et pro-américaine.

Un sommet de l’Organisation des États turcophones devrait se tenir au Kazakhstan en mai. Même si la guerre contre l’Iran est terminée d’ici là, le Conseil de sécurité turc (CST) devra prendre une décision fondamentale concernant la « nouvelle architecture » ​​de la sécurité mondiale et régionale.

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  1. Il y a quelques jours, plusieurs sources indiquaient qu’il était l’interlocuteur privilégié par les États-Unis pour des négociations en vue du retour à la paix : https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260324-iran-mohammad-ghalibaf-president-parlement-donald-trump-negociation-gardiens-revolution




  2. Le député turc Ömer Faruk Gergerlioğlu avait vivement critiqué le président azerbaïdjanais Ilham Aliev en lui conseillant de régler ses problèmes familiaux et ses affaires de corruption avant de s’immiscer dans la politique étrangère. Gergerlioğlu avait accusé Aliev de servir les intérêts d’un pays tiers dans l’affaire de l’aéroport de Nakhitchevan, contribuant ainsi à exacerber les tensions dans la région. Le député Musa Gouliev, membre du parti au pouvoir au Milli Mejlis, avait de son côté vivement critiqué Berat Albayrak, président du groupe turc de médias « Turkuvaz » et gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan. Le parlementaire azerbaïdjanais l’avait alors accusé de « diffuser dans les médias les discours de plusieurs députés turcs anti-azerbaïdjanais et de mener ainsi une politique visant à retourner l’opinion publique turque contre l’Azerbaïdjan ». Nor Haratch, 8 mars 2026 « Qaani, le commandant de la force Quods était il un « agent » d’Aliev ».