DOSSIER : Religion et Politique en Azerbaïdjan – 1
Les religieux d’Azerbaïdjan en service commandé
Les responsables des confessions en Azerbaïdjan ont récemment publié une déclaration concernant le « Rapport annuel 2026 » de la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), relatif à la situation religieuse en Azerbaïdjan en 2025 (1). Une fois de plus, ce « kit des religieux » organisé par les autorités azerbaïdjanaises se présente en défenseur zélé du pouvoir aliévien et du narratif officiel décrivant ce pays comme une « Terre de tolérance », un exemple de coexistence pacifique des cultures et des religions.
Il est évident qu’à travers ces hiérarques représentants des différentes religions et confessions du pays, c’est le pouvoir azerbaïdjanais qui s’exprime en mettant en avant toutes les initiatives de Bakou en la matière, à l’intérieur comme à l’extérieur de pays.
Ce texte constitue de lui-même une limitation de la liberté religieuse et une nouvelle preuve de la soumission des religieux du pays au pouvoir politique.
On notera également que l’Azerbaïdjan est le seul des trois États du Sud-Caucase à être « épinglé » dans ce rapport. Il comporte en particulier un paragraphe et des recommandations au sujet des monuments du Karabakh et des arméniens détenus à Bakou (voir l’encart ci-dessous).
Sahag SUKIASYAN

Ci-dessous, le texte de la déclaration tel que publié par l’agence officielle AZERTAC (2) le 8 avril dernier.
« Nous, représentants des communautés religieuses vivant dans la République d’Azerbaïdjan, exprimons notre profonde préoccupation et notre vif regret face aux affirmations infondées contenues dans le « Rapport annuel 2026 » de la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), concernant la situation religieuse en Azerbaïdjan en 2025.
Au regard des réalités du terrain, nous rejetons catégoriquement le bilan présenté dans ce rapport.
Le rapport contient des allégations sans fondement à l’encontre de l’Azerbaïdjan, des accusations de violations présumées de la liberté religieuse et des pressions exercées sur les communautés religieuses, reflétant ainsi la position biaisée de lobbying de certains groupes. Cela ne correspond pas aux réalités observées sur le terrain et, au contraire, ne reconnaît pas les efforts considérables déployés par notre pays pour promouvoir la tolérance religieuse, tant au niveau national qu’international.
L’approche de l’USCIRF est d’autant plus décevante qu’elle intervient dans un contexte de renforcement des relations bilatérales dans de multiples domaines, à la suite du retour au pouvoir du président Donald Trump, ainsi que de l’avancée de l’agenda de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, obtenue à Washington le 8 août dernier, sous son rôle historique.
Cette attitude est également préoccupante, dès lors que l’Azerbaïdjan a été invité à rejoindre puis a adhéré en tant qu’État membre fondateur du Conseil de la paix établi sous la direction du président des États-Unis, ce qui témoigne de la reconnaissance du rôle de l’Azerbaïdjan dans la promotion de la paix et de la stabilité aux niveaux régional et international, et constitue une preuve de son engagement en faveur du dialogue interreligieux à l’échelle mondiale.
Fort d’une tradition séculaire de diversité et de multiculturalisme, l’Azerbaïdjan demeure fermement attaché à la promotion du dialogue, de la compréhension mutuelle et du respect entre les différentes cultures et religions. La Constitution de l’Azerbaïdjan interdit explicitement toute discrimination et garantit l’égalité des droits et des libertés à chacun, indépendamment de sa religion ou de ses convictions. Au-delà de ces garanties juridiques, l’Azerbaïdjan offre à tous ses citoyens la possibilité de préserver et de développer davantage leurs identités religieuses, ethniques et culturelles. Cela se fait dans un contexte marqué par l’augmentation des risques et des défis sécuritaires liés à l’exploitation de la religion ou des convictions. Le président et les institutions nationales compétentes rencontrent constamment les représentants des communautés religieuses, en accordant la priorité à leurs besoins et à leurs préoccupations.
L’Azerbaïdjan est l’un des pays où mosquées, églises et synagogues coexistent côte à côte, reflétant une culture profondément enracinée de tolérance religieuse et illustrant l’attachement de la nation à l’harmonie intra- et interconfessionnelle. Nos communautés vivent un tel environnement favorable dans leur quotidien, pratiquant leurs croyances sans aucune crainte ni intervention de la part du gouvernement ou de la société.
Une attention particulière est accordée à la construction, à la préservation et à la restauration des sites religieux et des lieux de culte. Ce travail concerne non seulement les mosquées, mais aussi les sites religieux d’autres confessions, tels que la reconstruction et la préservation de l’église catholique Sainte-Marie à Bakou, ainsi que la construction en cours de la deuxième église catholique en l’honneur de Saint Jean-Paul II, la restauration de la cathédrale orthodoxe, la rénovation du temple zoroastrien et la restauration du sanctuaire de Kich. En réalité, la plus grande synagogue de la région se trouve en Azerbaïdjan. Le tout premier lieu de culte de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a été inauguré en Azerbaïdjan en 2025, ce qui reflète le respect de notre société pour le pluralisme religieux et l’inclusivité.
Malheureusement, ces efforts du gouvernement azerbaïdjanais ont été ignorés dans le rapport.
À cet égard, il est particulièrement regrettable que le rapport de l’USCIRF dénature les efforts déployés par l’Azerbaïdjan pour réparer et restaurer, sans distinction, l’ensemble des sites historiques et culturels situés dans ses régions du Karabagh et du Zanguezour oriental, libérées de l’occupation. Ces projets de restauration sont en cours, mobilisant des spécialistes et des architectes expérimentés, tout en veillant à préserver les caractéristiques de l’ensemble du patrimoine culturel et religieux.
L’approche singulière de l’Azerbaïdjan en matière de dialogue interreligieux au sein du pays a également été constamment promue à travers d’importantes initiatives mondiales et a suscité une large reconnaissance de la part de la communauté internationale.
La tradition durable de pluralisme religieux et de tolérance de l’Azerbaïdjan a été reconnue à plusieurs reprises par d’éminents chefs religieux internationaux. Parmi eux figurent le pape Jean-Paul II, le pape François et d’autres représentants. Le pape François a salué l’Azerbaïdjan comme un modèle multiconfessionnel pour un monde divisé par un virulent extrémisme. Sa visite à Bakou en 2016, organisée durant l’Année du multiculturalisme en Azerbaïdjan, a également illustré l’appréciation du Pape pour la tolérance et l’inclusivité de notre pays. Il a présenté l’Azerbaïdjan comme un lieu où différentes confessions coexistent pacifiquement, le qualifiant d’exemple pour le monde.
Par ailleurs, à plusieurs reprises, Ahmed Al-Tayeb, Grand Imam d’Al-Azhar Al-Sharif et président du Conseil des sages musulmans, a salué l’Azerbaïdjan comme un modèle d’harmonie interreligieuse et d’unité intra-islamique.
Les efforts de l’Azerbaïdjan pour préserver et restaurer les sites religieux dépassent les frontières de son propre territoire. Le soutien et l’implication de la Fondation Heydar Aliev dans la restauration du patrimoine culturel et chrétien de la Cité du Vatican, y compris les façades de la basilique pontificale Saint- Paul-hors-les-Murs, ont été accueillis avec gratitude par le Saint-Siège.
L’Azerbaïdjan fait office d’initiateur et d’hôte du Forum mondial du dialogue interculturel, créé en 2008 dans le cadre du Processus de Bakou, afin de promouvoir le dialogue et l’inclusion sociale comme fondements d’une paix et d’un développement durables. Ce forum a été à plusieurs reprises reconnu comme une plateforme mondiale clé pour la promotion du dialogue interculturel par le Secrétaire général des Nations Unies dans ses rapports, et son rôle a été constamment réaffirmé dans plusieurs résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies.
L’Azerbaïdjan a également consolidé son rôle de phare du multiculturalisme en accueillant, en 2024, lors de la COP 29 (Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques) à Bakou, le Sommet mondial des responsables religieux, auquel ont participé un nombre important de délégués, à savoir 300 chefs religieux et représentants de 55 pays et de 30 organisations internationales.
À la lumière de tous les exemples évoqués ci-dessus, nous attendons de l’USCIRF qu’elle revoie son attitude à l’égard de l’Azerbaïdjan, en reflétant objectivement la situation dans notre pays, sur la base des faits et des réalités existants, en reconnaissant la contribution de notre pays à la tolérance et en prenant acte de ses efforts en faveur de la préservation du dialogue interreligieux et interconfessionnel.
Nous espérons que les mesures nécessaires seront prises pour corriger l’injustice dont fait l’objet l’Azerbaïdjan à travers son inscription sur la Liste de surveillance spéciale, ce qui est absolument injustifié et sans fondement. »
AZERTAC – Agence d’Information d’État de l’Azerbaïdjan
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(1) https://www.uscirf.gov/sites/default/files/2025-03/2025%20USCIRF%20Annual%20Report.pdf
Dans ce rapport 3 pages (46 à 48) sont consacrées à la liberté religieuse dans ce pays.
(2) https://azertag.az/fr/print/4113875
EXTRAIT DU RAPPORT ANNUEL DE LA COMMISSION DES ÉTATS-UNIS SUR LA LIBERTE RELIGIEUSE INTERNATIONALE
« Caucasus Heritage Watch » (CHW) a fourni de nouvelles images satellites de sites religieux menacés dans, et autour, de la région du Haut-Karabakh. En juin, CHW a signalé la destruction de sites religieux arméniens supplémentaires — dont une église du XIXe siècle (1), deux cimetières et d’autres artefacts — depuis que l’Azerbaïdjan a repris le contrôle de la région. Toujours en juin, l’ONG américaine « Freedom House » a constaté que l’Azerbaïdjan avait mis en œuvre une « stratégie globale et méthodique visant à vider le Haut-Karabakh de sa population arménienne et à effacer toute présence historique et culturelle » au cours de ses opérations militaires de 2020 et 2023 et a conclu que les actions de l’Azerbaïdjan constituaient des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Certains prisonniers de guerre arméniens rapatriés auraient subi des mauvais traitements pour des raisons religieuses, notamment des injures, et la confiscation et la destruction d’objets religieux, durant leur captivité en Azerbaïdjan.
RECOMMANDATIONS AU GOUVERNEMENT AMÉRICAIN
■ Maintenir l’Azerbaïdjan sur la Liste de surveillance spéciale pour violations graves de la liberté religieuse, en vertu de la Loi internationale sur la liberté religieuse (IRFA), ou pour la tolérer ;
■ Imposer des sanctions ciblées aux agences gouvernementales azerbaïdjanaises, telles que le Département principal de lutte contre le crime organisé (également connu sous le nom de Bandotdel) du ministère de l’Intérieur, et aux responsables de violations graves de la liberté religieuse, en gelant leurs avoirs et/ou en leur interdisant l’entrée aux États-Unis en vertu des dispositions relatives aux droits de l’homme en matière financière et de visas, en citant des violations spécifiques de la liberté religieuse ; et
■ Faciliter une visite sur place d’un observateur international indépendant, tel que les Nations Unies (ONU), au Haut-Karabakh et dans les territoires environnants afin d’inspecter et de documenter l’inventaire du patrimoine culturel et religieux.
Le Congrès américain devrait :
■ Présenter et adopter une loi modifiant le pouvoir de dérogation (Pub. L. 107-115, titre II) applicable à l’article 907 de la loi FREEDOM Support Act afin d’exiger des améliorations spécifiques à la liberté religieuse en Azerbaïdjan avant que le président des États-Unis puisse lever les restrictions sur l’aide à la sécurité au pays ; et
■ Organiser une audition devant la commission des affaires étrangères du Sénat et/ou la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants afin de mettre en lumière les questions de liberté religieuse en Azerbaïdjan, en s’appuyant sur les conclusions du rapport Tom Lantos sur les droits de l’homme.
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(1) L’église saint Jean-Baptiste [Ganatch Jam] bâtie en 1818.
