Erdogan tente d’unir le monde islamique 

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et de freiner les ambitions d’Israël

Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 27 mars 2026

Le 26 mars, le président turc Recep Tayyip Erdogan a rencontré des représentants des sections régionales du parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP), au Centre des congrès d’Ankara, et y a prononcé un discours. L’agence « Anadolu » a relaté l’événement et présenté les principaux points de l’intervention d’Erdogan.

Le président turc a d’abord souligné que « la guerre menée contre l’Iran a plongé toute la région dans un climat de violence et de sang, et que même des enfants innocents sont pris pour cible par des missiles alors qu’ils se trouvent à l’école ». Erdogan faisait sans aucun doute référence à l’attaque de missiles contre une école de filles en Iran, dont ni Israël ni les États-Unis n’ont encore revendiqué la responsabilité.

Erdogan a développé cette idée en indiquant que « la région traverse les jours les plus difficiles de ces cent dernières années, une suite de génocides, aveuglée par la haine et dissimulée derrière des arguments religieux, conduit la région au désastre. »

Selon le président turc, Netanyahu « a non seulement choisi l’Iran comme cible, mais met également en œuvre son plan d’occupation progressive du Liban ». Au nom de la Turquie, Erdogan a déclaré qu’« il n’y a aucune différence entre nos frères et voisins » et a assuré que « les peuples frères et amis ne seront pas laissés seuls face à une catastrophe ». Il a qualifié Israël d’« agresseur qui ne respecte aucun principe, aucune valeur, aucune norme. Pour lui, peu importe qu’un musulman soit chiite ou sunnite, turc, kurde, arabe ou persan ».

De là, Erdogan a abordé directement la question de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, où, selon lui, pour la première fois depuis 1967, Israël a interdit l’accès aux Musulmans pendant le Ramadan. Le président turc a souligné que, quelles que soient les raisons de cette interdiction, les rituels religieux à la mosquée Al-Aqsa ne peuvent être entravés, limités ou interdits, car, a-t-il déclaré, « cela équivaudrait à violer la dignité et les droits de deux milliards de musulmans dans le monde ».

En réalité, ce dernier point peut être considéré comme le message principal du président turc, adressé à la fois aux principaux acteurs des événements du Moyen-Orient et au monde musulman. Depuis plusieurs mois, Erdogan n’a cessé de développer l’idée qu’Israël « cherche à modifier le statu quo historique, civilisationnel, ethnique  et religieux, de la région ». Il appelle en fait les pays musulmans à s’unir et à contenir conjointement les ambitions d’Israël.

L’efficacité de cette politique du président turc reste à prouver. L’avenir et les événements le diront. L’essentiel est peut-être de savoir si Erdogan parviendra, comme il l’a lui-même affirmé, à « tenir la Turquie à l’écart des flammes de la guerre », ou si la situation dégénérera en une confrontation armée turco-israélienne.

Une Turquie instable, enlisée dans des conflits, ne pourra normaliser ses relations avec l’Arménie. Dans ce contexte, les relations Turquie-UE sont certes importantes, mais leur efficacité dépend aussi du règlement du conflit au Moyen-Orient, où la position des États-Unis sera déterminante. Pour l’heure, les États-Unis « mènent la guerre d’Israël » sur le terrain.