DÉCRYPTAGE : Ce qu’on peut dire à propos de l’attaque israélienne en mer Caspienne  

Կասպից-2

Par Marc DAVO

Contre toute attente, alors que les médias dans leur grande majorité rapportent quotidiennement l’intervention des aviations israélienne et américaine sur le territoire iranien et sur la zone maritime près du golfe persique, on apprend que les Israéliens ont bombardé la flottille de la République islamique de la mer Caspienne. Les médias, compte tenu de l’inflation informationnelle sur les dégâts causés de part et d’autre, n’ont pas trop insisté sur l’événement en question, soit par manque supposé d’intérêt d’une telle attaque, soit par l’absence de précision suffisante pour susciter un intérêt médiatique.

Peu de commentaires sur les objectifs recherchés

Les commentateurs, souvent très loquaces sur les différents aspects de la guerre et ses conséquences, ont passé pratiquement sous silence les raisons pour lesquelles l’aviation israélienne a détruit ou endommagé les bâtiments de guerre iraniens dans cette zone lointaine par rapport aux « fronts » principaux. La zone n’est pas facilement accessible et même à supposer que les avions ont pu se ravitailler en vol, alors se pose la question de savoir si la destruction de l’objectif naval valait le risque encouru pour les avions ou tout simplement le ratio   coût/bénéfice dans cette opération était positif. 

Dans Nor-Haratch (19 mars), Vahram Atanessian a tenté l’ébauche d’une explication qui souligne la volonté de l’Etat hébreu et des Etats-Unis de faire comprendre à la Russie qu’ils surveillent la nature de l’aide de cette dernière à l’Iran. Les Américains avaient laissé entendre que Moscou fournissait des renseignements précis à Téhéran sur les positions militaires américaines dans les pays du golfe persique, dont certaines avaient fait l’objet de frappes de drone ou de missile iraniens.

Par extension, un autre essai d’explication

L’attaque israélienne a mis hors d’état de nuire des navires et a endommagé les installations du port d’Anzali. Comme à leurs habitudes, les autorités de la République islamique ont appelé Bakou à s’abstenir de tout soutien à l’ennemi et ont brandi la menace de riposter. L’état-major des forces armées a très récemment demandé que les Azéris « expulsent les sionistes »(sic). En début des années 2000, la marine iranienne de la Caspienne était intervenue manu militari, pour empêcher Bakou de réaliser son projet d’établir une liaison technique avec l’autre rive de la Caspienne, sans l’accord de Téhéran. 

On serait tenté d’interpréter la frappe israélienne comme un avertissement à Téhéran à ne pas entreprendre une action contre l’Azerbaïdjan à l’instar de ce que les Iraniens font à l’égard des pétro-monarchies.

Les supposées installations israéliennes en République d’Azerbaïdjan auraient pu être menacées de destruction par les forces militaires iraniennes qui soupçonnent les Azéris de Bakou de connivence avec Israël. Selon certaines sources ou suppositions, la République d’Azerbaïdjan aide l’aviation israélienne à repérer les cibles et à les détruire dans la partie septentrionale de l’Iran.  L’attaque récente de drone ou de missile iraniens contre l’aéroport de Nakhitchevan, même si les autorités de Téhéran ont récusé qu’elle ait été de leur fait, pourrait être considérée comme un premier pas contre Bakou. Téhéran semble être convaincu de la présence des services de renseignement israéliens sur le territoire de l’Azerbaïdjan non loin de la frontière avec l’Iran. D’ailleurs, on peut légitimement s’interroger sur la nécessité d’avoir construit, après la guerre des 44 jours et l’occupation par les Azéris du Haut-Karabakh, plusieurs aérodromes dans la partie sud (Fizouli, Zanguélan, Latchine, outre celui d’Ivanyan -Khodjalou), de l’enclave arménienne objet en 2023 d’une épuration ethnique.

Il convient d’observer une position neutre, sans parti pris au lieu de tomber dans des réactions inconsidérées 

Avec le journaliste Karpis Pachoyan, dans un entretien, Vardan Voskanian, « notre » iranologue prolixe et souvent en verve quand il s’agit de décrire la culture iranienne, s’est délecté à expliquer que « l’Iran résiste, ce qui en soi est une victoire ». Il souligne que « l’Iran attaqué, ne pouvait que riposter militairement ». « L’honnête iranologue » -c’est ainsi qu’il se définit-, ignore-t-il que la République islamique, dès son installation, a déclaré la guerre aux Etats-Unis, «le grand Satan» et à Israël, « le petit Satan » ? Elle n’a cessé de réitérer sa détermination de rayer de la carte Israël, pourtant reconnu en 1948 par l’ONU comme un Etat souverain, outre qu’elle a agi, à maintes reprises, au moyen d’actions terroristes. Trop de précipitation à se solidariser avec un régime qui n’a pas hésité à massacrer une partie de sa propre population, est improductif voire risqué.

Une posture équilibrée et neutre à la limite serait plus prudente, sans tomber dans le ridicule dont a fait preuve Robert Kotcharian. Il a très récemment critiqué le gouvernement arménien de ne rien faire pour « calmer le jeu » et d’éviter de se proposer comme médiateur entre les Etats-Unis et la République islamique en vue de trouver une solution pacifique négociée. On se demande comment un ancien chef de l’Etat qui a dirigé l’Arménie pendant 10 ans, peut sortir des absurdités pareilles. 

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Résistance, résilience, victoire, solidité du régime …. , ce sont des termes  employés hâtivement par des médias en quête de sensation. La guerre devra durer 5 semaines, ont dit les cercles proches du pouvoir à Washington. Il faudra donc attendre la fin de cette période pour apprécier, contrairement à ceux, en Arménie, qui hurlent victoire ou cherchent à se placer en bonne position dans la perspective des prochaines élections législatives. Certes, la République islamique s’est opposée à la modification de sa frontière avec l’Arménie, mais ses dirigeants ont chaleureusement félicité Ilham Aliev. Ils ont déclaré que ce dernier avait récupéré les terres azéries et assuré l’intégrité territoriale de son pays à la suite de la guerre contre les Arméniens.

Le régime iranien actuel tombera. Ara Papian, ancien ambassadeur d’Arménie qui a servi en Iran, en est persuadé. Tout compte fait, peut-on imaginer que les Etats-Unis de Donald Trump sortent vaincus de ce bras de fer avec le régime actuel à Téhéran ? Quelle serait la réaction de la Russie de Poutine qui veut dominer l’Ukraine ou de la Chine de Xi Jinping qui souhaite phagocyter Taiwan ?  

Autant ménager l’avenir des relations arméno-iraniennes et éviter que Bakou présente l’Arménie comme un pays qui a soutenu un régime failli. ■