Sommet Poutine-Pachinian à Moscou 

Փաշ-Փութին

Pressions, contestation et dossiers complexes

Poutine demande à Pachinian de garantir la participation de Samuel Karapetian aux élections législatives

À deux mois des législatives arméniennes, le Premier ministre Nikol Pachinian s’est rendu en visite de travail en Russie pour s’entretenir avec le président Vladimir Poutine. À l’ordre du jour de cette rencontre, initiée par Erevan : la coopération stratégique bilatérale, l’intégration eurasiatique et le développement des infrastructures de transport dans le Caucase du Sud. Le chef du gouvernement était accompagné du vice-Premier ministre Mher Grigorian ainsi que du ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan.

Un accueil sous tension : manifestations et accusations

Le climat de cette visite a été marqué par des tensions dès l’arrivée de la délégation. À Moscou, des citoyens et des membres du clergé ont manifesté devant l’ambassade d’Arménie pour dénoncer les récentes accusations portées par des sources proches du pouvoir contre l’Église apostolique arménienne. Ces dernières affirmaient que de hauts dignitaires, dont l’archevêque Yezras Nersissian (frère du Catholicos Karékine II), auraient collaboré avec le KGB soviétique. Par ailleurs, un incident notable a eu lieu dans un hôtel moscovite, où un citoyen a interpellé le Premier ministre pour une photo, déclarant vouloir que son enfant « puisse plus tard identifier ceux qui ont cédé le Haut-Karabakh ».

Pressions politiques et choix géopolitiques

Lors de l’entretien bilatéral, des divergences profondes sont apparues. Vladimir Poutine a exercé une pression visible sur son homologue pour élargir la participation des forces pro-russes aux prochaines élections, évoquant notamment le cas du milliardaire Samuel Karapetian, fondateur du parti « Arménie Puissante », actuellement assigné à résidence. Le président russe a rappelé que deux millions d’Arméniens vivent en Russie et que Moscou souhaite voir les détenteurs de passeports russes intégrés au processus politique arménien.

Nikol Pachinian a opposé à ces demandes la Constitution arménienne, qui réserve l’éligibilité aux seuls citoyens exclusivement arméniens, tout en niant fermement l’existence de prisonniers politiques dans le pays. Sur le plan géopolitique, face aux mises en garde de Poutine concernant l’incompatibilité d’une intégration simultanée à l’Union Économique Eurasiatique (UEEA) et à l’Union européenne, Pachinian a rétorqué qu’il appartiendrait aux électeurs de trancher.

L’OTSC en question et l’avenir du Haut-Karabakh

Le Premier ministre arménien a réitéré son amertume concernant l’inaction de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective) lors de l’agression azerbaïdjanaise de septembre 2022. « Nous ne pouvons pas expliquer à nos citoyens pourquoi l’alliance n’a pas réagi malgré ses obligations », a-t-il affirmé, justifiant ainsi le gel de la participation d’Erevan.

Vladimir Poutine a répliqué que la reconnaissance par Erevan de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan (incluant le Karabakh) lors des accords de Prague en 2022 avait changé la donne, transformant le conflit en une affaire intérieure azerbaïdjanaise. Pachinian a toutefois rappelé que ce choix suivait des déclarations similaires de la part des dirigeants russes. Il a conclu en affirmant que le « mouvement du Karabakh » devait prendre fin au profit d’une paix durable basée sur la déclaration d’Alma-Ata de 1991.

Infrastructures et Énergie : le bras de fer ferroviaire

Le sort des chemins de fer arméniens, actuellement sous gestion russe, reste un point de friction majeur. Alors que Pachinian proposait de transférer la concession à un État tiers (comme le Kazakhstan) pour préserver l’avantage stratégique de l’Arménie, Moscou s’y oppose catégoriquement. La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a rappelé que le contrat de 2008 était valable 30 ans et que la Russie avait investi plus de 30 milliards de roubles.

Sur le volet énergétique, les deux dirigeants ont discuté de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Si Pachinian reconnaît l’importance de la coopération historique avec la Russie, il a joué la carte de la transparence en précisant qu’Erevan étudiait également des offres alternatives pour garantir l’option la plus avantageuse pour le pays.