Élections législatives de 2026 et recomposition du paysage politique
À peine deux mois nous séparent des élections législatives du 7 juin, et les partis politiques opérant sur la scène arménienne ont commencé à finaliser leurs approches et leurs formats de campagne. Le parti au pouvoir, le « Contrat civil » dirigé par le Premier ministre Nikol Pachinian, a devancé ses concurrents en publiant son programme électoral dès le 3 avril. Ce document expose 100 objectifs principaux pour la période 2026-2031, touchant divers secteurs du pays. Fidèle à son habitude, le pouvoir refuse une fois de plus l’idée de former des coalitions avec d’autres forces et préfère se lancer dans la course de manière totalement indépendante.
D’autre part, les pôles traditionnels de l’opposition sont en phase de restructuration radicale. Alors que la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) privilégie le format de la coalition, le Parti républicain a officiellement annoncé qu’il ne participerait pas directement au scrutin. Parallèlement, des changements majeurs s’opèrent au sein des alliances parlementaires « Arménie » et « J’ai l’honneur ». Au milieu de ce paysage, le nouveau pôle le plus remarquable et le plus influent du processus électoral devient rapidement le rassemblement « Arménie forte », parrainé par l’homme d’affaires Samuel Karapetian. Étant donné que M. Karapetian possède également la citoyenneté russe et ne peut se présenter directement comme candidat au poste de Premier ministre en raison d’une interdiction constitutionnelle, c’est Narek Karapetian qui prend la tête de la liste électorale.
Cette force nouvellement créée, qui s’apprête à participer aux prochaines élections sous la bannière de l’alliance « Une Arménie forte avec Samuel Karapetian », provoque un sérieux remaniement au sein du camp de l’opposition en ralliant divers partis politiques. Par exemple, outre le parti « Stabilité » et le Parti libéral démocrate d’Arménie (ADL), l’ancien Premier ministre Hrant Bagratian a également annoncé le week-end dernier son soutien à Samuel Karapetian, conjointement avec son parti « Liberté ». Parallèlement, le parti « Héritage » de l’ancien ministre arménien des Affaires étrangères Raffi Hovhannessian a fait savoir qu’il ne ferait pas cavalier seul et qu’il apporterait son soutien au rassemblement national formé autour de Karapetian. M. Hovhannessian a précisé que, bien que des discussions aient eu lieu avec Samuel Karapetian, l’ancien Défenseur des droits de l’homme Arman Tatoyan et le parti « Pays de vivre » sans parvenir à un consensus, il reste convaincu que « le régime de Pachinian, qui a essuyé des défaites et parle d’une paix hypocrite, doit partir ».
Dans la même veine, le Congrès national arménien (ANC) dirigé par le premier président Levon Ter-Petrossian a publié une déclaration soulignant qu’il n’avait pas été possible de former une alliance avec la force menée par Samuel Karapetian dans le but de créer un vaste front « contre un régime destructeur pour la nation ». Par conséquent, l’ANC a décidé de se présenter de manière indépendante. Malgré l’échec de ces négociations, l’ANC se dit toutefois prêt à coopérer avec « Arménie forte » et d’autres forces de l’opposition, tant lors des phases préélectorales que postélectorales, afin d’établir un consensus anti-gouvernemental au Parlement et de « sauver le pays des menaces imminentes ».
Dans le même temps, la « Nouvelle force » dirigée par l’ancien maire d’Erevan Haïk Maroutian et le parti « Arménie Prospère », qui se prépare à une participation active, tentent de s’imposer comme une « troisième voie » alternative. Il est cependant évident que face au parti au pouvoir, « Arménie forte » polarise rapidement les votes de l’opposition, tandis que l’alliance « Arménie » de l’ancien président Robert Kotcharian enregistre un net recul. Une dynamique qui laisse présager que cette nouvelle coalition deviendra très probablement l’un des pôles les plus puissants du prochain Parlement.
