L’Arménie n’est pas responsable de l’échec de l’alliance géopolitique de Poutine avec la « Horde d’Or »
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 7 mai 2026
Le 4 novembre 2023, Vladimir Poutine rencontrait au Kremlin les membres nouvellement élus de la Chambre civique de la Fédération de Russie. Parmi d’autres considérations d’ordre historique, il avait alors évoqué la période de la « Horde d’Or » (1). Poutine déclarait alors « Bien que la Horde ait été impudente et cruelle, elle n’a jamais touché aux langues, aux cultures et aux coutumes des populations locales ». il l’avait aussi comparée et opposée aux « conquérants occidentaux qui s’appropriaient les cultures et les coutumes, ce qui menait à la menace de désintégration des groupes ethniques ». C’est dans ce contexte, qu’il avait avancé une nouvelle interprétation de l’histoire d’Alexandre Nevski, qui « avait prêté serment d’allégeance aux khans de la Horde et reçu les armoiries princières afin de résister efficacement aux conquêtes de l’Occident ».
Ces thèses étaient développées par Poutine alors que nous nous trouvions dans la deuxième année de la guerre contre l’Ukraine. Il est évident qu’il cherchait de la sorte à flatter les peuples turcophones de Russie par cette vision de l’histoire afin de les unir autour de la propagande officielle visant à « réaliser les objectifs légitimes de son opération militaire spéciale ».
Ces thèses politico-historiques de Poutine au sujet de la solidarité civilisationnelle et de la tolérance réciproque unissant la Russie et la « Horde d’Or », c’est-à-dire le monde turcophone, étaient formulées tout juste un mois après le nettoyage ethnique perpétré par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. Au moment où la population arménienne de la région était déplacée de force, alors que le contingent russe de « maintien de la paix » y était encore présent (au Haut-Karabakh) et qu’un centre de surveillance [monitoring] russo-turc était officiellement maintenu à Aghdam.
Le monde turc post-soviétique, et plus particulièrement l’Azerbaïdjan, s’était alors montré, pour le moins, peu réceptif à la théorie du président russe au sujet d’une histoire commune liant le monde russe et la Horde. Poutine avait alors été contraint de retirer le contingent de « maintien de la paix » du Haut-Karabakh et le centre de surveillance d’Aghdam avait été dissous.
De fait, l’affaiblissement de l’influence russe dans le Caucase du Sud s’explique non pas par un prétendu tropisme « pro-occidental » des Arméniens, mais par la « russophobie » azerbaïdjanaise, inscrite dans la constitution du pays. Cette russophobie est protégée par la Déclaration turco-azerbaïdjanaise de Chouchi, qui exclut tout recul de cette alliance du fait de la tenue de négociations pacifiques. Qui plus est, cette alliance militaro-politique est étroitement liées à la Turquie membre de l’OTAN.
En réalité, cet affaiblissement de l’influence russe résulte des calculs de l’élite militaro-politique russe, dont l’Arménie n’est en rien responsable.
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(1) La « Horde d’or » ou « Grande Horde » était un empire mongol gouverné par la dynastie issue de Gengis Khan. Aux XIII et XIV siècles, il s’étendait sur une grande partie de l’actuelle Russie, de l’Ukraine, de la Bulgarie danubienne, du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan, et jusqu’au Caucase.
La « Déclaration de Choucha » est un document sur les relations alliées signée entre l’Azerbaïdjan et la Turquie le 15 juin 2021.
