Le mois de mai amer de Poutine

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Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 8 mai 2026

Dimitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a publié une liste «exhaustive» des invités étrangers qui seront présents aux célébrations du mois de mai : les « présidents » d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud (1), de Biélorussie, du Laos, le sultan de Malaisie et le Premier ministre slovaque se rendront à Moscou. Mais ce dernier ne devrait pas participer au défilé militaire sur la place Rouge. Dans ce contexte, le journal allemand Der Spiegel a écrit que le Kremlin « avait annulé l’accréditation des médias étrangers pour couvrir le défilé de la Victoire ». L’information diffusée par le journal allemand a ensuite été relayée par le quotidien russe Kommersant. En conséquence, les rédactions des médias étrangers ont été informées par téléphone de l’annulation de leur accréditation. Interrogé par Der Spiegel, un représentant du Kremlin a répondu : « Compte tenu de la situation actuelle, le format de la couverture du défilé militaire a été modifié, et les médias étrangers qui avaient déjà obtenu leur accréditation n’y auront plus accès». De son côté,  Kommersant en  concluait que « seuls les médias russes couvriraient le défilé de la Victoire. »

Moscou organise pour la première fois son défilé militaire de mai selon un format allégé. Aucun véhicule blindé, système de missiles ou d’artillerie ne sera présent sur la place Rouge, et aucun défilé de troupes n’est prévu. Même les dirigeants des États membres de l’O.T.S.C. ne se tiendront pas aux côtés de Poutine. Il est évident qu’une interdiction a été imposée aux médias étrangers afin que le « mois de mai amer » de Poutine ne soit pas mis en avant dans l’actualité internationale et que l’opinion publique des capitales occidentales, notamment européennes, ne perçoive pas la Russie comme « isolée ».

Hier, D. Peskov, le porte-parole du Kremlin,  assurait que le président Poutine prendrait bien la parole lors du défilé militaire. Des informations avaient paru quelques jours auparavant dans la presse occidentale attribuées à l’administration Poutine, indiquant que  « le texte préparé serait lu par la présidente du Conseil de la Fédération (2), Valentina Matvienko ». Il s’agit peut-être de désinformation, mais d’un autre côté, on ne voit pas bien ce que Vladimir Poutine pourrait dire à l’opinion publique russe et au monde entier dans le contexte actuel. 

Une victoire en Ukraine est impossible, et le président russe ne se permettra probablement pas de brandir la menace d’une apocalypse nucléaire.

L’ambassadeur de Russie à Washington, Alexander Darchiev, a déclaré à l’agence TASS que « l’attitude de la Maison-Blanche à l’égard du Jour de la Victoire avait changé ; des représentants de l’administration et du département d’État ont assisté à une réception organisée par l’ambassade, et une centaine de personnes ont défilé à Washington en compagnie du “Régiment immortel” ». 

Cela suffira-t-il cependant à adoucir l’amertume de Poutine ?

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(1)  Deux régions de Géorgie occupées par la Russie depuis la guerre d’invasion  et présentées comme des « États indépendants », alors qu’à aucun moment, le Haut-Karabakh n’avait joui d’une telle reconnaissance par Moscou.

(2)  La chambre haute du parlement de Russie.