La réponse de Ruben Vardanian à Anahit Manassian
« Si la défense des Arméniens détenus dans les prisons de Bakou ne relève pas des prérogatives du Défenseur des droits de l’homme d’Arménie, de qui relève-t-elle alors ? »
L’ancien ministre d’État de l’Artsakh, Ruben Vardanian, a fait passer un message depuis sa prison de Bakou à l’occasion d’un entretien téléphonique avec sa famille. L’information a été relayée par la fondation « Ruben Vardanian ». Il est précisé que ce message fait suite à la réponse de la Défenseure des droits de l’homme d’Arménie (Ombudsman), Anahit Manassian, que M. Vardanian avait préalablement sollicitée pour lui demander de se rendre à Bakou. Pour rappel, Mme Manassian avait rétorqué qu’il ne relevait pas des prérogatives de son institution d’intervenir en effectuant des visites dans des États étrangers.
Dans son nouveau message, M. Vardanian déclare :
« J’ai pu prendre connaissance de la réponse de la Défenseure des droits de l’homme d’Arménie, Anahit Manassian, à ma requête. Je m’abstiendrai de juger publiquement sa position ; je la laisse face à sa propre conscience. Je dirai simplement que j’en suis sincèrement désolé. Que Dieu vous juge.
Cependant, cette réponse soulève des questions concrètes qui ne concernent pas seulement l’institution du Défenseur des droits de l’homme, mais aussi le Premier ministre de la République d’Arménie.
Si la défense des citoyens arméniens incarcérés en Azerbaïdjan ne relève pas des prérogatives de l’Ombudsman arménien, de qui relèvent-elles donc ? Dans notre pays, qui est responsable de cette question ? Quand cette personne a-t-elle été nommée ? Pourquoi personne n’est-il au courant, ni les familles des prisonniers, ni la société ?
Certaines personnes sont détenues dans les prisons de Bakou depuis maintenant six ans. Pendant tout ce temps, le gouvernement arménien n’a pas été capable de mettre en place un mécanisme de communication stable et clair avec eux, que ce soit par l’intermédiaire d’une tierce partie (les ambassades d’autres pays présentes à Bakou) ou d’organisations internationales. Pourquoi ? Comment se fait-il que les représentants de l’Arménie puissent se rendre en Azerbaïdjan pour discuter de commerce, d’économie et d’autres sujets, mais soient incapables d’organiser une visite concernant la vie, la santé et le statut juridique des prisonniers arméniens ? Le destin de ces hommes n’est-il pas plus important que des négociations commerciales ?
Pourquoi, à ce jour, aucun mécanisme normal n’a été mis en place pour faire parvenir les produits de première nécessité aux détenus ? Plusieurs d’entre eux n’ont rien reçu depuis plus d’un an. Beaucoup n’ont pas de vêtements décents : ils n’ont pas la possibilité de recevoir ce dont ils ont réellement besoin, compte tenu de leur âge, de leur état de santé et de leurs conditions de détention. À l’inverse, lorsque de l’aide parvient, elle est organisée de manière officieuse et opaque, sans tenir compte des besoins réels des prisonniers. Les hommes ne reçoivent pas ce dont ils ont besoin, mais ce qu’un inconnu a décidé de leur faire parvenir : ce n’est pas de l’aide, c’est de la charité. Parmi les détenus, il y a des personnes âgées (de plus de 70 ans) et des individus souffrant de graves problèmes de santé. Si l’on donne des fruits secs à un homme qui n’a plus de dents, ce n’est pas de l’aide, c’est de l’humiliation.
Le Premier ministre est-il au courant de tout cela ? Qui est personnellement responsable de l’organisation de ce processus ? Quelle est la procédure établie et pourquoi n’est-elle pas respectée ?
N’avez-vous pas honte ? N’est-il pas honteux de recevoir un prix de la paix, de parler de paix et de récolter les applaudissements, alors que les citoyens de l’Arménie continuent de croupir dans les prisons de Bakou sans défense adéquate, sans aucun soutien systémique, sans aide ni suivi de la part de leur propre État ?
Annoncez publiquement le nom de la personne responsable. Dévoilez le mécanisme de fonctionnement. Expliquez ce qui a été fait au cours de ces six dernières années. Ou bien, ayez l’honnêteté d’avouer qu’un tel responsable n’existe pas, et qu’il est inutile pour les prisonniers d’attendre la moindre aide de leur État. »
