Shio III, nouveau Catholicos-Patriarche de l’Église Orthodoxe géorgienne
Le 11 mai, les évêques orthodoxes de Géorgie ont élu un nouveau patriarche, Shio III, précédemment primat des diocèses de Senaki et de Chkhorotsku – région de Mingrélie-Haute Svanétie- depuis 2003. Âgé de 57 ans, ce dernier est élu à un moment charnière pour ce pays du Caucase du Sud où l’Église joue un rôle influent dans la vie sociale et politique.
A la différence des catholicos arméniens qui sont élus par un « concile national » composé d’un tiers de religieux et de deux tiers de laïcs, dont des femmes, les patriarches géorgiens sont élus par le saint Synode de leur Église, c’est dire une assemblée composée d’évêques. Le catholicos Shio III a été élu à une large majorité puisque 22 évêques sur les 39 que compte le synode ont voté pour lui.

L’élection d’un nouveau catholicos intervient dans un contexte de manifestations de rue contre le parti au pouvoir, « Rêve géorgien », que ses détracteurs accusent de s’éloigner des « valeurs occidentales » et d’adopter une position pro-russe et autoritaire. La semaine dernière, dix organisateurs de manifestations ont été condamnés à de lourdes peines de prison. L’Église orthodoxe s’est généralement abstenue de tout commentaire sur la situation politique. Cependant, des observateurs estiment qu’elle a, par le passé, influencé la position de Tbilissi sur des questions de société telles que l’avortement et les droits des personnes LGBT, auxquels Ilia II s’était publiquement opposé. Elu en 1977, durant la période soviétique, ce dernier était également perçu par de larges secteurs de l’Église comme de la société comme pro-russe. L’Église de Géorgie est également une des Églises les plus conservatrices de l’Orthodoxie qui a limité de manière radicale ses relations avec les Églises « non orthodoxes ». En 1997, elle avait quitté le Conseil œcuménique des Églises et le patriarche Illia II avait alors justifié cette décision par le fait « qu’une attitude négative à l’égard du mouvement œcuménique s’était développée dans l’Église orthodoxe de Géorgie et menaçait de la diviser ». Héritier spirituel d’Illia II, Shio III ne devrait pass’écarter de la ligne conservatrice et anti-œcuménique de son prédécesseur. D’ailleurs, peu avant son élection, l’archevêque Zenon Iarajuli[1]avait déclaré que le « métropolite Shio serait dangereux en tant que patriarche s’il remportait les élections ». Il l’avait également décrit comme le « candidat préféré des autorités russes et géorgiennes ».
Comme l’Arménie voisine, la Géorgie a adopté le christianisme comme religion d’État au début du IV ème siècle et malgré l’héritage de la période soviétique, les Géorgiens restent profondément religieux puisque plus de 80 % d’entre eux se déclarent fidèles de l’Église orthodoxe.
Le nouveau Catholicos
Né à Tbilissi, Shio III a suivi une formation de violoncelliste avant de devenir moine. Comme Ilia II, il avait poursuivi ses études à l’Académie de théologie de Moscou. En 2017, Ilia II l’avait nommé « locum tenens », ce qui signifie qu’il assurerait l’intérim du patriarche après le décès du titulaire.
Bien que ralliée à l’orthodoxie chalcédonienne, donc dépendante de Constantinople, au VIe siècle, comme dans d’autres Églises des marches de l’Empire romain, dont l’Église arménienne, les patriarches de l’Église de Géorgie portent le titre de « Catholicos-Patriarche ».
Les Arméniens de Géorgie
Il est peu probable que le Catholicos Karékine II qui se trouve toujours empêché par la justice de quitter le territoire arménien participe à la liturgie d’intronisation du nouveau catholicos géorgien qui devrait avoir lieu le 12 mai en la cathédrale de Mtskheta, ancienne capitale de la Géorgie et siège de l’Église orthodoxe géorgienne.

Le pays compte aujourd’hui environ 250 000 arméniens. Ils étaient près d’un demi-million avant l’indépendance du pays en 1991. Les Arméniens de Géorgie sont très majoritairement membres de l’Église apostolique arménienne. La région du Djavakhk compte aussi une importante communauté catholique arménienne.
Les relations entre les Églises d’Arménie et de Géorgie demeurent très marquées par les controverses théologiques anciennes et par un refus des autorités du pays de reconnaitre l’Église arménienne comme une entité ecclésiale. En effet, sous la pression de l’Église orthodoxe géorgienne, l’État ne reconnait le statut d’Église canonique qu’à la seule Église orthodoxe de Géorgie. De plus, l’Église orthodoxe de Géorgie a déclaré rattacher au territoire canonique de son diocèse de Dmanisi et d’Agarak-Tashiri la région du Lori, dans le nord de l’Arménie, qu’elle revendique au nom d’une prétendue « géorgianité » des sanctuaires comme les monastères d’Akhtala, de Kirants ou de Kapayr.
Ces antagonismes hérités de l’histoire n’ont fait que s’accentuer depuis l’indépendance des deux pays et à ce jour, le diocèse de l’Église arménienne ne réussit pas à obtenir la restitution de ses nombreuses églises arméniennes confisquées durant la période soviétique. Actuellement, Tbilissi, la capitale du pays, compte 2 églises arméniennes alors qu’elle en a compté jusqu’à 20 au moment de la soviétisation. Plusieurs de ces sanctuaires ont été confisqués et « géorgianisés », d’autres ont été sciemment détruits et quelques-uns menacent ruine du fait du refus des tribunaux de les restituer au diocèse arménien.
Le site officiel du diocèse arménien de Géorgie https://armenianchurch.ge/en/
Sahag SUKIASYAN
D’après Reuters
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Ce dernier est à la fois primat du diocèse de Dmanisi et d’Agarak-Tashiri (voir infra) et de celui de … Grande-Bretagne et d’Irlande. ↑
