« Les Turcs ouvrent aujourd’hui… » : les dessous d’une confidence captée au vol

Փսփսուք

Dans la matinée du 12 mai, lors d’un rassemblement électoral à Chengavit, le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a glissé à l’oreille du Premier ministre Nikol Pachinian : « Les Turcs ouvrent aujourd’hui… vous vous souvenez des codes ?… Préparons un texte de bienvenue, avec un commentaire du porte-parole du ministère… ». Sauf que la confidence n’est pas passée inaperçue : captée par les micros, elle a poussé le chef de la diplomatie à reculer d’un pas lorsque le Premier ministre lui a fait signe que le son était ouvert.

À la suite de cet incident, Ararat Mirzoyan s’est gardé de révéler la nature exacte de l’avancée avec la Turquie qui vaudrait à Erevan de publier une déclaration de satisfaction. Interrogé par la presse, il a refusé de s’épancher sur la teneur de cet échange : « Si le temps des confidences était révolu, nous ne chuchoterions pas, nous nous exprimerions directement devant les caméras », a-t-il éludé. Le ministre a toutefois assuré que ce silence temporaire s’expliquait par des pourparlers toujours en cours. « Dès que ce sera acté, l’information sera rendue publique. Au moindre fait nouveau, la presse et l’ensemble des citoyens arméniens seront immédiatement tenus informés », a-t-il promis.

C’est finalement le Premier ministre qui a, un peu plus tard, apporté quelques éclaircissements. Nikol Pachinian a précisé que la question portait sur les procédures de fret et de dédouanement. « Lorsqu’une marchandise est achetée dans un pays pour être exportée, le destinataire et le pays de livraison doivent être dûment renseignés », a-t-il détaillé. Or, selon la législation et les réglementations turques en vigueur jusqu’ici, l’Arménie ne figurait pas sur la liste des destinations autorisées. Les importateurs devaient donc enregistrer un pays tiers, depuis lequel les marchandises étaient ensuite réexportées vers l’Arménie.

« Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a de très nombreux produits d’origine turque sur le marché arménien. Cette situation engendrait des complications supplémentaires : il fallait faire transiter la marchandise par un autre pays pour les formalités avant de l’acheminer ici », a souligné le chef du gouvernement. Selon ses explications, Ankara est en train de modifier ses protocoles pour que l’Arménie puisse désormais être explicitement désignée comme pays de destination finale, bien qu’il ne s’agisse toujours pas, à ce stade, d’une livraison physique directe entre les deux États.