Turquie – Arménie : le commerce direct rétabli
Après trente ans d’embargo, Ankara autorise de nouveau les échanges de marchandises sans intermédiaire avec Erevan
Le ministère turc des Affaires étrangères a annoncé, mercredi 13 mai, avoir achevé les préparatifs administratifs nécessaires au lancement d’échanges commerciaux directs avec l’Arménie. Cette mesure lève une restriction tenace qui, durant trois décennies, contraignait les marchandises turques destinées à l’Arménie à transiter par un pays tiers pour y être réexportées, effaçant de facto l’Arménie des registres douaniers turcs.
Entré en vigueur le 11 mai 2026, ce changement autorise désormais les marchandises circulant entre les deux pays à désigner officiellement l’Arménie ou la Turquie comme pays d’origine ou de destination finale. Il s’agit du premier aboutissement réglementaire concret du processus de normalisation arméno-turc relancé en 2022, et de la mise en œuvre de la politique de fond que le chef de la diplomatie arménienne, Ararat Mirzoyan, avait laissé échapper mardi dans le district de Chengavit d’Erevan, trahi par un micro resté ouvert, lors d’un rassemblement dans le cadre de la campagne électorale. Ne se rendant pas compte que le micro du Premier ministre était ouvert, il avait tenté de lui glisser à l’oreille quelques mots à ce sujet, en chuchotant : « Les Turcs ouvrent aujourd’hui… ». Ses paroles avaient résonné dans les haut-parleurs, sans que l’on comprenne sur le moment de quoi il retournait exactement. Plus tard, apportant des précisions, M. Pachinian avait expliqué qu’il s’agissait de la circulation des marchandises avec la Turquie.
Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Öncü Keçeli, a souligné que « les travaux techniques et administratifs nécessaires à l’ouverture de la frontière commune entre les deux pays se poursuivent ». Une formulation qui circule depuis des années, sans s’être encore traduite par une véritable réouverture frontalière.
Le communiqué officiel inscrit cette démarche dans une vision régionale plus large, affirmant qu’Ankara continuera de contribuer au développement des liens économiques et à l’approfondissement de la coopération dans le Caucase du Sud, au bénéfice de l’ensemble des États et des peuples de la région. Cette sémantique fait écho à la volonté politique du président Erdoğan d’ériger la Turquie en véritable carrefour infrastructurel régional.
La réaction d’Erevan
L’Arménie a accueilli favorablement cette évolution, saisissant l’opportunité pour maintenir au premier plan l’agenda global de normalisation. La porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères, Ani Badalian, a fait savoir que le ministère saluait la décision turque de lever ces restrictions, y voyant « un résultat supplémentaire du processus de normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie ».
