Entretien avec Madame Agnès Minas

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Entretien avec Madame Agnès Minas, Directrice de l’école maternelle Mariam Arabian d’Alfortville

– Madame la Directrice, quels ont été votre formation et votre parcours professionnel ?

– Attirée très tôt par l’enseignement, j’ai passé le concours d’entrée à l’École Normale d’Instituteurs en 1975 en fin de 3ème, puis j’ai intégré le corps des PEGC (Professeurs d’Enseignement Général de Collège) l’année du Bac, car mon but était de devenir professeure d’allemand. Cette formation impliquant d’enseigner deux matières, je suis donc devenue professeure de français-allemand en collège public à partir de 1982, jusqu’en 2016, année où, mes enfants partis de la maison, j’ai voulu évoluer professionnellement, tout en restant dans le milieu de l’éducation. J’ai donc passé le concours PERDIR (Personnel de Direction) pour devenir cheffe d’établissement. J’ai fait un an de stage dans un collège public du Val d’Oise en tant que Principale adjointe, avant de prendre mes fonctions de Principale du collège Kévork Arabian et de coordinatrice du groupe scolaire Kévork Arabian-Saint Mesrop de septembre 2017 à 2021.

– Pouvez-vous nous parler de votre expérience précédente à la tête de l’établissement Kévork Arabian-Saint Mesrop ?

– Ça a été la plus belle et la plus passionnante aventure de ma vie professionnelle. Lorsque j’ai été choisie par le Conseil d’Administration de l’époque, présidé par Mme Karin LERIAN, j’ai vécu un véritable coup de foudre professionnel. À mon arrivée, le collège venait d’ouvrir sa première classe de 6ème hors contrat avec 13 élèves et lorsque je suis partie, nous avions 89 collégiens inscrits, de la 6ème à la 3ème, sous contrat d’association avec l’État, pour un total de 301 élèves sur le groupe scolaire. 

Lors de ma dernière année d’exercice, j’ai eu la fierté de déclarer le collège centre d’examen et d’organiser le premier brevet des collèges dans les locaux du collège K. Arabian. J’étais également coordinatrice de tout le groupe scolaire, soit 14 classes de la Petite section à la 3ème, c’est-à-dire qu’il me revenait d’assurer la continuité des enseignements, la liaison maternelle/élémentaire, celle de l’élémentaire/collège), d’impulser des projets communs, de veiller à ce que les équipes pédagogiques se concertent, de trouver des intervenants extérieurs et de suppléer parfois à ma collègue directrice d’élémentaire qui avait de gros soucis de santé à cette époque. Mon travail a consisté à valoriser la langue et la culture arméniennes, tout en professionnalisant les pratiques alors en cours.

Il a également fallu rassurer les parents sur le niveau de l’école, et instaurer des liens de confiance avec les différents partenaires du collège (association de parents d’élèves, mairie, services académiques, lycées privés, afin d’ouvrir des débouchés à nos élèves sortants en fin de 3ème).Il ne faut pas oublier que, s’agissant d’un nouvel établissement, totalement inconnu dans son environnement, il fallait lui construire une réputation de sérieux et de qualité. 

– Qu’est-ce qui vous a amené à diriger l’École Mariam Arabian inaugurée à la rentrée de septembre 2025 ?

– J’étais à la retraite depuis 4 ans , j’ai été invitée par M. Sarkis LERIAN, le Trésorier de l’AGEFAA, à une journée portes ouvertes à la maternelle à l’occasion d’un de mes retours en région parisienne et j’ai été présentée au Président de l’association, Michel BUDAKCI. Je lui ai proposé mes services en tant que consultante, en cas de besoin, pour aider au démarrage de l’école. Ils ne trouvaient pas de directrice répondant aux exigences académiques (expérience dans l’enseignement + diplôme Bac + 3). Lorsque j’ai vu que, le temps avançant, le problème du recrutement d’une direction ne trouvait pas de solution satisfaisante, j’ai accepté la mission. La perspective de retravailler avec M. LERIAN que j’apprécie et la confiance de Monseigneur Norvan ZAKARIAN,  ont achevé de me convaincre. 

– Du point de vue de la pédagogique, les enjeux sont-ils différents ?

– Les enjeux sont multiples en maternelle. Il faut construire les fondations d’une culture arménienne et d’une appartenance, tout en respectant les programmes de l’Education Nationale, car les élèves doivent avoir acquis, en fin de Grande Section les compétences du socle commun en français et en mathématiques pour être à la hauteur des attendus d’une classe de CP. C’est pourquoi les enseignements s’organisent de la façon suivante :

  • Toute Petite Section et Petite Section,  totalement en arménien,
  • Moyenne section, en arménien avec 1h15 de français par jour ;
  • Grande Section, en français avec 1h15 d’arménien par jour + initiation à l’anglais (1h par semaine).

Il faut également commencer à se préparer pour faire une demande de mise sous contrat de la Grande Section auprès de l’académie de Créteil. Ce qui ne sera possible que si l’école est validée par une inspection qui examinera dans le détail tout le volet pédagogique de l’école, mais aussi les conditions d’accueil, la sécurité de l’établissement, etc…  La tâche est donc conséquente !

– Quelles sont les spécificités, particularités, du poste d’un responsable d’un établissement franco-arménien ? 

– C’est un poste qui demande une maîtrise du français et de l’arménien. Connaitre l’arménien, c’est un plus, car le chef d’établissement peut avoir à gérer une inscription ou un entretien avec une famille non francophone. Etant donné que nous fonctionnons en effectif réduit, le chef d’établissement est à la fois supérieur hiérarchique de son équipe, gardien, portier, gestionnaire, secrétaire. Il collabore avec le CA auquel il rend des comptes ou partage son expertise en tant que professionnel. Il est l’interlocuteur privilégié des parents, des enseignants lorsqu’il y a un problème à résoudre. 

– Est-ce pour vous une nouvelle expérience ? Une nouvelle vie professionnelle ?

– Ce qui est surtout nouveau pour moi, c’est d’avoir exclusivement affaire à des tout petits, alors que j’avais surtout travaillé avec des adolescents jusqu’ici. En cela, c’est une nouvelle expérience, tout comme devoir gérer l’aspect financier avec les parents. Cette année, j’ai appris à mettre en place les prélèvements automatiques, et c’est moi qui relance les parents lorsqu’il le faut. Je retrouve mes automatismes, et comme j’avais gardé un double de pratiquement tous les documents de travail que j’avais élaborés pour le collège, il m’a suffi de les réactualiser et de les adapter à la maternelle. Mais je dirais : place aux jeunes, il faut vraiment que la relève et la passation se fassent. Encore une fois, j’ai été là pour rendre l’ouverture possible et j’assurerai certainement la consolidation l’année prochaine, mais je ne pourrai (voudrai ?) pas faire davantage. 

– Quelques mots sur l’équipe pédagogique que vous dirigez.

– Actuellement, nous avons trois enseignantes d’arménien (toutes validées par les services académiques) : 

  • Mme Sossi BALADIAN en classe de Toute Petite Section/ Petite Section, secondée par Mme Lusiné HAKOBYAN, son ASEM (Agent Spécialisé des Écoles Maternelles).
  • Mme Siran SIWAJIAN en classe de Petite section. Son ASEM est Mme Naïra AVEDIKIAN, actuellement remplacée par Mme Alice SARMAZIAN.
  • Mme Ani KALDILI en Moyenne Section et son ASEM, Mme Nayiri BALIAN.
  • Mme Fabienne GALLOULA en Grande Section et son ASEM Mme NIGOROSSIAN.

Nous avons également Mme Anita DIRASEOGLU, agent de service qui travaille à la cantine et Mme Anaïs SARIAND qui intervient le soir pour la garderie en tant que bénévole. Tous ces personnels, Mme GALLOULA mise à part, sont arménophones et parlent aux élèves en arménien. Je tiens d’ailleurs à les remercier, car nous leur devons le succès de l’ouverture de cette école.  Grâce à leur expérience, leur enthousiasme, leur engagement pour aménager leur classe et rendre l’école accueillante pour les enfants dès le jour de la rentrée, personne ne pourrait croire que la maternelle n’est ouverte que depuis septembre. Elles ont investi les locaux et on voit qu’elles s’y sentent bien.

– Quel est votre message aux parents, aux amis de l’APCAF ?

– Je remercie les parents qui ont préinscrit leur enfant dès le début des portes ouvertes de février 2025. Ils ont vécu avec nous les incertitudes. Il faut apprécier leur initiative d’inscrire leur enfant dans une école arménienne, de la faire vivre et d’en supporter les frais au lieu de choisir la facilité et la gratuité de l’école publique. Quant aux amis de l’APCAF, merci à eux d’adhérer au projet de ce bel établissement et d’en parler autour d’eux. Au mieux, de faire un don pour l’aider à traverser les années hors-contrat. Tous les frais de fonctionnement (salaire des professeurs, cantine, ménage, charges…) sont en effet financés par l’AGEFAA, et les premières années sont décisives. Or, l’école est le bien de la communauté entière, et la condition première de sa survie en formant les générations futures. Mobilisons-nous autour d’elle pour la garder pérenne !

– Quelle est la question que nous ne vous avons pas posée et à laquelle vous auriez aimé répondre  ?

– Vous auriez pu me demander quelles avaient été les incidences du détachement de la maternelle du groupe scolaire Kévork Arabian – Saint Mesrop et je vous aurais répondu, que pour ma part, je trouve que cette nouvelle situation est une chance pour l’école. En effet, jusqu’à maintenant, la maternelle avait toujours un peu été le parent pauvre du groupe scolaire en raison de sa situation externe au bâtiment principal et de ses locaux vétustes. D’autre part, bien que l’obligation de déclaration et de validation des personnels auprès des services académiques (professeurs comme ASEM) soit devenue obligatoire ces dernières années, cela n’avait jamais été fait. Tous les personnels sont reconnus et validés, ce qui leur donne une légitimité. Quant à l’école, le fait d’être devenue une entité indépendante lui donne plus de visibilité et renforce son rayonnement, par la qualité et la beauté des locaux. Avoir une direction dédiée est également une plus-value, car les personnels ont l’impression d’être davantage écoutés, soutenus et considérés. Quant aux parents, ils savent où et à qui s’adresser en cas de souci. Une association de parents d’élèves de maternelle est également en cours de création, et les fondateurs fourmillent d’idées pour faire avancer l’école. Quant au fait d’avoir ses propres instances, comme un conseil d’école indépendant, cela permet une mise en valeur accrue des projets et de la vie de l’établissement.

– Comment inscrire son enfant à la maternelle ?

– Il suffit de téléphoner au 01 53 66 84 67 ou d’envoyer un mail à : maternelle.mariamarabian@gmail.com pour obtenir un rendez-vous. Un dossier d’inscription vous sera remis. 

Entretien réalisé par Sahag SUKIASYAN

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