Nous sommes nos montagnes

Nous sommes nos montagnes

Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 17 juin 2026

L’exposition « RISE 2026 », organisée sous l’égide du ministère des Hautes Technologies d’Arménie, a donné à un commentateur du journal progouvernemental « Minval politika » de Bakou des raisons de penser que « chaque manœuvre des autorités arméniennes s’accompagne de signaux symboliques s’opposant au processus de paix ». En effet, comme l’a souligné l’auteur azerbaïdjanais, l’exposition était organisée sous le slogan « Nous sommes nos montagnes – En avant ! ».

Ici, le journaliste azerbaïdjanais a laissé libre cours à son imagination et a émis l’hypothèse que les organisateurs de l’exposition avaient « dissimulé » sous ce titre une volonté de « reproduire » le célèbre monument de Stepanakert. Et cela, selon lui, revient à « attiser le séparatisme ».

Les « discussions » autour du monument « Nous sommes, nos montagnes » à Stepanakert ont récemment débuté en Azerbaïdjan, lorsqu’il a été révélé qu’une copie du monument avait été inaugurée en Russie, dans la cour d’une église arménienne de la ville de Yessentouki, dans la région de Stavropol. J’avais alors eu l’occasion d’exprimer mes inquiétudes à cette occasion, et avais même interpellé les « représentants élus » de l’Artsakh pour exiger le démantèlement de ce « monument ». À ce jour, je n’ai d’ailleurs toujours reçu aucune réponse.

Concernant cet article du média progouvernemental azerbaïdjanais, son auteur se trompe totalement lorsqu’il qualifie le monument « Nous sommes nos montagnes » de « symbole du séparatisme ». En réalité, ce monument a été érigé sur la décision du gouvernement de la R.S.S. d’Azerbaïdjan en 1967, année marquante puisque Heydar Aliev avait été nommé à la tête du K.G.B. de la république. Si le monument « Nous sommes nos montagnes » avait symbolisé le séparatisme, en tant que président du K.G.B., il s’y serait naturellement opposé.

Le monument « Nous sommes nos montagnes » à Stepanakert est donc directement lié au régime communiste d’Heydar Aliev, qui jouit aujourd’hui du statut officiel de « leader national » en Azerbaïdjan. Le jour de son retour au pouvoir, le 15 juin, est d’ailleurs célébré comme une fête nationale.

Affirmer que le monument « Nous sommes nos montagnes » est « un symbole du séparatisme arménien au Karabakh » revient donc à accuser directement le leader national azerbaïdjanais, Heydar Aliev, de « soutenir le séparatisme arménien ».

Nous conseillons aux médias azerbaïdjanais progouvernementaux de se fonder non pas sur la situation actuelle, mais sur les réalités historiques et politiques dans le choix de leurs formulations, aussi déplaisantes soient-elles. Le monument « Nous sommes, nos montagnes » de Stepanakert ne témoigne que d’une seule vérité : le Haut-Karabakh est une terre imprégnés de l’identité spirituelle et civilisationnelle arménienne.