Moscou a désigné l’Arménie comme « ennemi »
Լe néo-bolchevisme arménien constitue une réelle menace
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 19 juin 2026
Le site officiel du ministère russe des Affaires étrangères a publié un article du chef du département, Sergueï Lavrov, intitulé « Ukraine, Europe et sécurité mondiale », qui devait initialement paraître dans la revue « Politico Europe », mais « sa publication a été annulée à la dernière minute sur décision du comité de rédaction ». Ce texte assez long, apparemment rédigé par les assistants de Lavrov, ne contient aucune information nouvelle significative. Le style et le ton montrent clairement que le ministre russe des Affaires étrangères a tenté de répondre à la proposition de la « troïka européenne » sur les principes de la fin et du règlement de la guerre en Ukraine, mais il s’est manifestement cantonné aux mêmes schémas de propagande exprimés des dizaines de fois par le président russe Vladimir Poutine.
L’idée principale de l’article de Lavrov peut se résumer ainsi : « Un affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN mènera inévitablement à une confrontation nucléaire». Le ministre russe des Affaires étrangères a formulé cette prédiction, ou plutôt cette menace, en évoquant « le projet français de fournir un “parapluie nucléaire” à plusieurs pays de l’UE et de l’OTAN ». Lavrov a souligné que, sous couvert d’« indépendance stratégique », « un renforcement considérable des capacités militaires est en cours en Europe », ce qui, selon lui, indique que « les pays européens se préparent à un conflit militaire avec la Russie d’ici 2030 ».
Le ministre russe des Affaires étrangères précise sa pensée « Une Europe unie continue de nourrir des rêves de conquête, entend assimiler l’Ukraine et la Moldavie et attire l’Arménie dans son orbite. L’OTAN s’est étendue vers l’Est, absorbant la Finlande et la Suède ». Il est évident qu’il est inutile d’entamer un débat avec Lavrov, inutile de rappeler que l’OTAN n’a pas « absorbé » la Finlande et la Suède, mais que ces deux pays scandinaves neutres ont été contraints de rejoindre l’Alliance lorsque la Russie a déclenché une guerre contre l’Ukraine, et que l’Arménie « aspire » à l’Europe, le « parapluie de sécurité » de l’OTSC n’ayant pas protégé son intégrité territoriale.
Il faut envisager la situation avec lucidité : la Russie a désigné l’Arménie comme « ennemi », et tant que durera le régime de Vladimir Poutine, cette qualification ne changera pas. Ce n’est pas un hasard si le parti « Arménie Forte » a entrepris d’unifier l’opposition et d’appeler Moscou à « mettre un terme à ce processus ». Lorsque, début septembre 1920 à Bakou, le Congrès des peuples d’Orient avait qualifié l’État indépendant d’Arménie d’« agent de l’impérialisme international », les bolcheviks arméniens ont non seulement approuvé cette décision, mais ils ont également salué la destruction de leur patrie.
Les néo-bolcheviques arméniens reproduisent-ils aujourd’hui cette erreur ?
