Dans quel but s’« unissent-ils » ?
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 23 juin 2026
La consolidation (unification) préélectorale de l’opposition a échoué. Apparemment, les politologues avaient prédit qu’aucune « masse critique » ne pourrait se réunir autour d’un candidat unique au poste de Premier ministre et que le gouvernement l’emporterait à coup sûr. D’un point de vue strictement politique, le calcul était juste, mais l’opposition n’a pas réussi à reproduire le « précédent de Gyumri »[1]. Aujourd’hui, la perspective d’une consolidation post-électorale est évoquée. Cette initiative a été lancée par Samuel Karapetian, le dirigeant officiel d’«Arménie Forte ». Il a proposé de former un « gouvernement d’union nationale » et de faire appel à la Russie pour que l’Arménie puisse « stopper ce processus ».
Samuel Karapetian n’a pas précisé à quel « processus » il faisait référence, mais il est clair qu’il évoque l’instauration de la paix avec l’Azerbaïdjan et, selon les termes de Moscou, les « aspirations européennes » du pouvoir actuel. Pour l’Arménie, la perspective d’une adhésion à l’Union Européenne est, pour le moins, loin d’être une réalité. De plus, il n’est pas acquis que l’UE réussisse à se transformer en une véritable « alliance militaire indépendante », comme l’affirme la Russie. Le « Traité de paix et d’établissement des relations » entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a, quant à lui, été paraphé.
En pratique, il apparaît que la consolidation de l’opposition après les élections, la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’appel à la Russie visent à enrayer le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Jusqu’à présent, seul le Congrès national arménien[2] a proposé une plateforme pour rassembler les forces d’opposition. Après une campagne de presse visant à minimiser l’importance de ce texte, une question de fond demeure : celle de ne pas permettre la suppression de la référence à la « Déclaration d’indépendance » dans le préambule de la Constitution.
Si l’on considère que l’Azerbaïdjan lie directement la signature d’un traité de paix avec l’Arménie à « la suppression des revendications territoriales inscrites dans la Constitution de la République d’Arménie », il apparaît que l’opposition s’efforce de préserver la clause irrédentiste « L’Artsakh est l’Arménie, un point c’est tout » en tant que « norme constitutionnelle » et de « suspendre » le processus de paix arméno-azerbaïdjanais.
La question principale est la suivante : quelles étaient les attentes de l’Azerbaïdjan concernant le scrutin du 7 juin ?
Il est certes difficile d’apporter une réponse à la fois simple et claire En effet, Bakou avait annoncé la tenue d’une « conférence » sur le « droit au retour des Azerbaïdjanais occidentaux »[3] durant la campagne des élections législatives arméniennes, et l’alliance de partis « Arménie forte » s’était principalement concentrée sur la « neutralisation de cette menace ».
Le 14 juin, le conseiller du président azerbaïdjanais Hadjiev s’est rendu en Arménie. Cette visite, à visée symbolique, témoigne au moins publiquement de l’engagement officiel de Bakou en faveur du processus de paix. Ilham Aliev n’a cependant pas annulé la « conférence d’Ordubad sur le droit au retour des Azerbaïdjanais occidentaux ». Seul le slogan a changé : « Tout Azerbaïdjanais occidental a le droit de retourner sur son ancien lieu de résidence. » Il est par ailleurs fait référence au droit international humanitaire.
Nul ne peut dire quel slogan aurait adopté la « conférence d’Ordubad » si le vote du 7 juin avait abouti à un résultat différent. Nul ne peut garantir qu’en cas de « suspension » du processus de paix arméno-azerbaïdjanais, le « droit humanitaire de tout Azerbaïdjanais occidental » ne se transformerait pas en la revendication qui deviendrait: « L’Arménie a été établie sur d’anciennes terres azerbaïdjanaises. »
Dès lors, il est urgent que l’opposition s’« unisse » , mais dans quel but ?
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- En avril 2025, le « sulfureux » Vardan Ghoukassian, membre de l’ancienne nomenklatura locale mafieuse avait été réélu maire de Gyumri grâce au regroupement des voix de l’ensemble des partis d’opposition, dont les restes du défunt parti communiste.
Le parti de Levon Ter Petrossian, qui a recueilli 3206 voix, soit 0,22 % des suffrages, aux élections législatives du 7 juin.
Cet événement organisé conjointement par le Bureau du Représentant plénipotentiaire du Président de l’Azerbaïdjan en République autonome du Nakhitchevan, le ministère de la Science et de l’Éducation, l’Université d’État du Nakhitchevan et la Communauté d’Azerbaïdjan occidental s’est tenu dans cette ville du Nakhitchevan les 18 et 19 juin. ↑
