Y aurait-il un pouvoir « kurde » en Azerbaïdjan ?

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Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 17 juillet 2026

Des débats fort animés ont récemment agité la presse azerbaïdjanaise et les réseaux sociaux au sujet d’une présumée « prédominance » des Kurdes de souche au sein du système de gouvernance de l’État. Ce débat a été lancé par Sardar Jalaloglu, président du Parti démocrate. Dans une interview accordée à une chaîne « YouTube », il a tenu des propos d’une grande virulence concernant l’histoire, l’identité nationale et la présence du peuple kurde en Azerbaïdjan.

Jalaloglu a depuis présenté des excuses pour les propos offensants tenus à l’égard des Kurdes, mais Arif Hajili, secrétaire exécutif du parti « Musavat [1]» [Egalité], a poussé la réflexion plus loin. Dans une publication sur « Facebook », il a soulevé la question suivante : « Quelqu’un pourrait-il expliquer pourquoi les représentants d’un groupe ethnique qui ne représente pas même un pour cent de la population azerbaïdjanaise constituent vingt pour cent des députés du Milli Majlis [Parlement], et bénéficient peut-être d’une représentation plus importante encore au sein du gouvernement ? ».

En réaction, plusieurs utilisateurs de « Facebook » ont ​​souligné les origines de Hajili, révélant qu’il est originaire du village de Nerkine Tala, dans le district de Zakatala, un village où « la majorité de la population est ingiloïe »[2]. Ce terme désigne les Géorgiens de souche de la région historique de Saingilo, dont certains se sont convertis à l’islam.

Sardar Jalaloglu est un homme politique expérimenté. Il ne pouvait ignorer que la question de l’intolérance ethnique en Azerbaïdjan est susceptible de créer une nouvelle situation sur le plan sociétal, voire politique. L’affaire revêt une importance particulière dans la mesure où de nombreuses sources prêtent des origines kurdes à la famille au pouvoir. Dans ce contexte, la « question rhétorique » posée par le secrétaire exécutif du parti « Musavat » est lourde de sous-entendus.

De fait, il sous-entend qu’en Azerbaïdjan, « le pouvoir serait aux mains de représentants d’un groupe ethnique qui ne représente pas même un pour cent de la population ». Selon certaines sources bien informées, la Première dame d’Azerbaïdjan, Mehriban Alieva, aurait réussi à affaiblir considérablement l’influence du « clan du Nakhitchevan »[3] au cours de ces dernières années. Certaines milieux de la diaspora azerbaïdjanaise qualifient d’ailleurs les personnes originaires du Nakhitchevan de « Kurdes ethniques ».

Les médias officiels et progouvernementaux azerbaïdjanais n’ont pas encore évoqué cette « question kurde ». Il est donc possible que le président du Parti démocrate et le secrétaire exécutif du parti « Musavat » se soient fait l’écho des vues d’une faction particulière au sein de l’élite au pouvoir, ou qu’ils aient, peut-être, agi « sur instruction de la Turquie », où l’attitude à l’égard des Kurdes est, on le sait, toujours empreinte d’une grande hostilité.

A suivre ….

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  1. Le plus ancien parti azerbaïdjanais, ultra-nationaliste et panturquiste.

  2. La ville de Zakatala a abrité jusqu’à une date récente un importante communauté arménienne. Près de 70 familles arméniennes ont pris le chemin de l’exil à la fin des années 80. L’école primaire Vartanian avait fermé ses portes et 1953. On y trouve encore une église arménienne assez bien conservée. Elevé eu 1851, le sanctuaire est dédié à saint Georges [Sourp Kévok]. Cette élégante église construite en briques est systématiquement présentée par les Azerbaïdjanais comme une église « russe », « géorgienne » ou « albanienne ». Les 5 inscriptions lapidaires en arménien qui figuraient à l’entrée et sur les quatre piliers de l’église ont été détruites.

  3. Voir à ce sujet l’article de Viatcheslav Avioutskii intitulé « Les clans en Azerbaïdjan » (Voir ici : dflip id= »9170″][/dflip).