Il n’y a malheureusement pas eu de « tsunami » de reconnaissances internationales du génocide des Arméniens
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 17 août 2026
Kegham Manoukian, député [dachnak] de l’alliance « Hayastan » à l’Assemblée nationale, en critiquant la politique des autorités concernant la reconnaissance internationale du génocide des Arméniens, a rappelé la « marche triomphale » des années 2000, un phénomène que le célèbre commentateur et journaliste turc Mehmet Ali Birand avait alors qualifié de « tsunami arménien ». L’article de Birand, intitulé « Attention, le tsunami arménien approche », avait été publié sur le site Internet du journal « Milliyet » le 3 janvier 2005. Birand écrivait « Nous pourrions nous retrouver face à une situation incontrôlable. Cela tient au fait que le 24 avril 2005 marque le 90e anniversaire du 24 avril 1915, une date symbolique à l’occasion de laquelle les Arméniens s’expriment au sujet du génocide », puis il avait explicité son propos expliquant qu’« il suffit de voyager un peu, notamment en Occident, et d’interroger n’importe qui : 90 % des gens diront que les Arméniens ont été victimes d’un génocide perpétré par les Turcs ; les Arméniens ne veulent donc pas laisser passer cette année sans agir». Le journaliste turc était alors convaincu que « la diaspora arménienne préparait une campagne de grande envergure à l’occasion du 90e anniversaire des événements de 1915 » et supposait qu’« elle œuvre en coulisses pour faire adopter par l’Assemblée générale des Nations unies une résolution sur le génocide ».
Pour enrayer cette évolution, il conseilla alors aux autorités turques d’abandonner leur position de « négation du génocide » et de proposer l’ouverture d’une enquête internationale sous l’égide de l’ONU.
Comme le confirment les sources ouvertes, la reconnaissance internationale du génocide des Arméniens ne s’est malheureusement pas concrétisée en 2005. En avril de cette année-là, le Premier ministre turc Erdoğan adressa une lettre au président arménien Robert Kotcharian, pour lui proposer la création d’une commission mixte d’historiens chargée d’examiner les événements de 1915. R. Kotcharian répondit à Erdoğan le 25 avril 2005, en déclarant que « le développement des relations entre États relève de la responsabilité des gouvernements, et non des historiens ».
Visiblement, le gouvernement turc avait repris l’idée de Mehmet Ali Birand de faire du génocide des Arméniens un « sujet d’études », mais avait réduit la question à la mise en place d’une « simple commission» d’historiens arméniens et turcs », pour finalement se heurter au refus du président de l’Arménie. Birand était convaincu que « les Arméniens ne participeraient à aucune initiative internationale».
Quant à savoir pourquoi une résolution reconnaissant le génocide des Arméniens n’a jamais fait l’objet d’un débat à l’Assemblée générale des Nations unies, un point qui préoccupait vivement le journaliste turc, est une autre question.
La réponse devrait être apportée par les anciennes autorités qui avaient fait de la reconnaissance internationale du génocide une priorité de la politique étrangère de l’Arménie.
