Désordre mondial et nouvelles voies de commerce et de domination
Après la mondialisation économique des années 2000, qui laissait dans une certaine mesure présager un ordre établi dans les relations internationales, l’illégalité et l’injustice sont aujourd’hui devenues la règle dans un contexte dominé par les moyens de communication numérique. Peut-être en a-t-il
toujours été ainsi de l’ordre du monde : les grandes puissances, ayant toujours imposé leur volonté pour protéger leurs intérêts stratégiques, ont eu recours à tous les moyens illégitimes. Souvent, dissimulant leurs manœuvres sous un masque apparent de légalité et de respect des droits de l’homme, elles ont tendu des pièges aux régimes qui ne se soumettaient pas à elles. Mais aujourd’hui, elles se sont enorgueillies au point de ne plus cacher leur jeu, piétinant ouvertement le droit international, les droits de l’homme et l’environnement. Elles mènent une politique internationale néfaste, déstabilisant les États qui ne leur sont pas dociles.
Avant la chute du mur de Berlin, il existait un certain accord entre les deux grandes superpuissan-
ces, les États-Unis et l’Union soviétique ; une répartition s’était opérée quant à l’exercice de leur influence sur les différents pays du monde. Cependant, avec la victoire des États-Unis et du monde libre, au lieu que la situation s’améliore, les États-Unis sont devenus le fer de lance d’une stratégie destructrice de mépris du droit international : la Yougoslavie s’est disloquée, les printemps arabes ont détruit l’Irak, la Syrie, la Libye… Le cas de l’Ukraine trahit les visées impérialistes de la Russie. Du côté arménien, la perte de l’Artsakh a été tragique, résultant elle aussi, dans les relations internationales, d’un conflit d’intérêts entre les États du Groupe de Minsk de l’OSCE.
Sous la présidence de Trump, la situation s’est encore davantage déstabilisée. Son intention de s’approprier des États indépendants tels que le Canada, le Groenland ou le Panama est devenue l’exemple absolu de ce désordre, sans compter l’enlèvement de dirigeants d’États indépendants, comme ce fut le cas de Maduro au Venezuela, puis l’assassinat de dirigeants iraniens. S’y ajoutent le soutien apporté au colonialisme israélien et, chose inacceptable, les sanctions et les dépossessions visant les juges de la Cour pénale internationale. L’instauration de l’illégalité s’est poursuivie par l’utilisation de l’élément religieux, soit comme instrument de terrorisme international, soit comme idéologie de construction étatique, ce qui a engendré des mouvements extrémistes fanatiques.
Dans ces conditions, des pays de taille moyenne à l’échelle régionale, tels que l’Iran, le Pakistan ou la Turquie, en sont sortis gagnants. Se méfiant de l’instabilité et de l’insécurité extérieures, ils ont eu recours à des moyens d’autodéfense, se sont renforcés, et sont devenus, dans certains domaines, des rivaux des grandes puissances. Ils se sont également posés en médiateurs pour la paix régionale.
Derrière l’effondrement des relations internationales se dessine une nouvelle carte, celle de la mainmise sur les sources d’énergie et du contrôle de la circulation sur les océans, où la rivalité entre deux superpuissances telles que les États-Unis et la Chine est manifeste. Depuis des années, la Chine travaille à reconstruire les anciennes routes de la soie en tant qu’itinéraires alternatifs, contournant les voies de navigation internationales. C’est dans ces conditions que la route « TRIPP » traversant l’Arménie devrait occuper une place dans la nouvelle carte du commerce international. De même, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran montre l’accroissement du rôle de l’Iran dans le commerce international et le déclin de la domination des États-Unis.
J. Tch.■
