Gandzasar : entre Realpolitik et cynisme

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Yeghiazar Ayntaptsi

«1in.am », Erevan, le 12 septembre 2026

Environ 150 diplomates étrangers et représentants d’organisations internationales accrédités en Azerbaïdjan ont été conduits à Gandzasar et à Dadivank. En leur présence, Hikmet Hadjiev[1], a présenté ces deux monastères comme le « patrimoine chrétien de l’Albanie du Caucase » et Hasan Jalal comme un « prince albanien ». Il ne s’agissait en réalité pas d’une visite à caractère historique, mais d’un véritable « show politique » orchestré par l’État, auquel a assisté le corps diplomatique.

Des inscriptions en arménien figurent sur les murs de Gandzasar. L’identité historique de Hasan-Jalal et l’appartenance arménienne du monastère sont documentées depuis longtemps dans les travaux universitaires, pourtant, dans le jeu politique actuel, la mise en scène l’emporte parfois sur les faits, et c’est précisément ce type de mise en scène que Bakou orchestrait ici.

Des représentants de dizaines de pays se tiennent dans la cour d’un monastère arménien, tandis qu’un haut responsable azerbaïdjanais leur explique que l’édifice n’est pas arménien. Par la suite, des photographies, des vidéos et des déclarations officielles sont diffusées.

La présence de diplomates ne signifie naturellement pas qu’ils ont adhéré au récit historique azerbaïdjanais. Pourtant, pour Bakou, l’essentiel est ailleurs : ils sont venus, ils ont écouté et ils ont pris place sur cette scène historique. Telle est la « Realpolitik » d’aujourd’hui.

Le cynisme est flagrant pour une raison très précise : au moment même où les autorités azerbaïdjanaises déclarent à Gandzasar qu’elles « protègent tous les monuments culturels et religieux », des images satellites attestent de la destruction d’églises et de cimetières arméniens. Des églises de Stepanakert ont été détruites de fond en comble. Le cimetière historique de Chouchi a été rasé. Les traces de la présence culturelle arménienne risquent non seulement de ne pas être préservées, mais aussi d’être réattribuées, altérées ou effacées.

Hadjiev déclare aux diplomates : « Il faut voir pour croire».

C’est vrai, mais il faut voir l’ensemble des choses.

Il faut voir non seulement le monastère où un bus gouvernemental vous a conduits, mais aussi les églises qui n’existent plus, non seulement les bâtiments en cours de restauration, mais aussi le cimetière rasé, non seulement les explications du fonctionnaire, mais aussi les inscriptions arméniennes sur les murs.

Mais la politique internationale ne fonctionne pas ainsi.

L’Europe a besoin du gaz azerbaïdjanais, de la route traversant la mer Caspienne et de la liaison avec l’Asie centrale. Les États-Unis ont besoin de la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ainsi que de la réussite du TRIPP. La Turquie a besoin de liaisons de transport régionales.

Face à ces intérêts, le sort du cimetière arménien de Chouchi passe au second plan.

C’est une réalité brutale, mais qui n’a rien d’inhabituel.

Au fil de l’histoire, les grandes puissances ont maintes fois privilégié la version de la mémoire qui ne contrariait pas leurs intérêts du moment. L’erreur des petites nations a été de croire que la vérité historique se défendrait d’elle-même.

Or, il n’en est rien.

Si l’Arménie souhaite que Gandzasar se présente au monde avec sa véritable histoire dans cinquante ans, cette histoire doit être étayée dès aujourd’hui, non par de simples déclarations politiques, mais par des documents, des travaux universitaires, une surveillance satellitaire, des mécanismes de protection juridique et une diplomatie cohérente.

Tout ambassadeur se rendant à Gandzasar dans le cadre d’un voyage organisé par Bakou devrait également avoir reçu, au préalable, un dossier complet sur l’histoire du monastère transmis par l’Arménie, car l’enjeu, ici, ne se limite pas au monastère lui-même : il s’agit de savoir quelle histoire subsistera en dehors de ses murs[2].

Il faut voir cette logique brutale de la politique internationale telle qu’elle est dans la réalité, mais il est bien plus dangereux de s’y adapter au point de laisser, en fin de compte, d’autres raconter notre histoire à notre place.

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  1. Le chef du département des relations extérieures de l’administration présidentielle azerbaïdjanaise.

  2. On pourrait, par exemple, imaginer que les organisations, les historiens et spécialistes d’histoire de l’Art, conçoivent et publient un guide du Haut-Karabakh et, plus largement du patrimoine arménien en Azerbaïdjan, que nous pourrions adresser à tous les diplomates en poste à Bakou.