TURQUIE – 19e anniversaire de l’assassinat de Hrant Dink
Que le temps file ! Dix-neuf années se sont déjà écoulées depuis ce jour funeste où tout un système de pensée réactionnaire, glissant une arme et des balles entre les mains d’un adolescent, a tenté d’anéantir un discours qui le dérangeait en faisant taire celui qui l’incarnait.
À l’occasion du 19e anniversaire de l’assassinat de ce journaliste au destin tragique, l’hebdomadaire Agos, qu’il avait fondé, écrivait ce 19 janvier :
« Notre douleur n’est toujours pas apaisée, la justice n’a pas été rendue »
« Aujourd’hui à 14h30, devant l’immeuble Sebat — à l’endroit précis où il fut abattu — nous commémorerons la mémoire de Hrant Dink, fondateur et rédacteur en chef de notre journal, assassiné le 19 janvier 2007. Dix-neuf ans ont passé depuis le jour où Hrant nous a été arraché.
Notre quête de justice se poursuit, car le voile dissimulant les coulisses du crime n’a, malgré tous les efforts, jamais été levé. Les commanditaires qui ont donné l’ordre de tirer n’ont pas été démasqués ; les requêtes des avocats de la famille Dink et de ceux qui réclament justice sont restées lettre morte.
Non seulement rien de tout cela n’a été accompli, mais le procès a été délibérément traîné en longueur afin que de nombreux protagonistes, passibles de jugement, puissent bénéficier de la prescription. Ils ont poursuivi leur vie en toute liberté, tandis qu’aucun de ceux qui avaient désigné Hrant comme cible n’a été inquiété.
Pourtant, la parole de Hrant Dink ne s’est pas éteinte avec lui. Bien au contraire, au fil des ans, elle a fleuri et continue de s’épanouir. Ceux qui sont nés au moment de son assassinat, en découvrant Hrant, poussent aujourd’hui la porte d’un monde sur le fronton duquel sont inscrits les mots « paix » et « vérité ». C’est là une consolation, certes, mais notre douleur n’est toujours pas apaisée, et la justice n’a pas été rendue. » ■
