La Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan se préparent à démembrer l’Iran
Vahram ATANESSIAN
1in.am, Erevan le 18 mars 2026
Le chercheur iranien Isa Dogan est convaincu que les Kurdes ne parviendront pas à « s’emparer de la ligne de Bassora et à contrôler le golfe Persique ». Il a exprimé ce point de vue dans une interview accordée au journal progouvernemental « Türkiye ». Un peu plus tôt, des informations avaient paru dans la presse indiquant que les États-Unis « mènent des négociations avec des groupes armés kurdes basés en Irak, dans le but de créer un ‘’corridor kurde’’ dans les régions iraniennes à majorité kurde, qui contrôlerait toutes les communications avec le golfe Persique ».
Isa Dogan considère Israël comme le véritable bénéficiaire de ce projet, dont l’objectif stratégique serait la création d’une zone tampon kurde entre la Turquie et l’Iran. Mais, le chercheur iranien est convaincu que les populations turques du nord, de l’est et de l’ouest de l’Iran ne l’accepteront pas. De plus, il estime que la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan ne sauraient rester indifférents à cette question cruciale pour eux.
Selon Isa Dogan, la Turquie et l’Azerbaïdjan « peuvent créer une zone de sécurité de cent kilomètres de profondeur en territoire iranien pour protéger leurs frontières, et le Pakistan, en tant qu’État nucléaire, aurait toutes les chances de prendre le contrôle de la centrale nucléaire de Bushehr ».
J’avais précédemment souligné la position de la Turquie sur la question iranienne et suggéré qu’Ankara entend probablement intervenir lorsque toutes les parties au conflit, y compris les États-Unis, seront affaiblies. L’article susmentionné du journal progouvernemental « Türkiye » indique que la Turquie n’exclut pas de mener une opération militaire sur le territoire iranien si des mesures sont prises pour mettre en œuvre le projet de création d’un Kurdistan iranien.
Le commandant des forces terrestres turques, le général Metin Tokel, s’est récemment rendu au Nakhitchevan et a assuré que, conformément à la « Déclaration de Chouchi » (1), Ankara « se tient toujours aux côtés de l’Azerbaïdjan et est prête à fournir l’assistance militaire nécessaire ». Cette visite intervient dans un contexte de tensions entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Le Nakhitchevan est frontalier du territoire iranien où l’autonomie kurde pourrait être proclamée et où un corridor de transport vers Bassora, en Irak, créé.
Il semblerait que la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan aient un plan à eux concernant l’Iran, lequel serait mis en œuvre si le gouvernement central de Téhéran s’effondrait et que des conflits armés internes éclataient. Isa Dogan affirme que si la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan ne venaient pas en aide à la population turque d’Iran, celle-ci serait victime d’un génocide et d’une expropriation de la part des Kurdes.
Il faut naturellement comprendre le contraire: la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan se préparent à participer au démembrement de l’Iran dans le cas où les États-Unis ne parviendraient pas à préserver l’intégrité politique de ce pays. La presse pro-israélienne a écrit que l’assassinat de Larijani, Secrétaire du Conseil suprême de sécurité iranien, était« préférable à la destruction d’Ali Khamenei ».
Citant « un haut responsable de la sécurité », le journal israélien « Yedioth Ahronoth » [les dernières nouvelles ] écrit que les États-Unis et Israël « pressentent à Téhéran plusieurs personnalités capables de sauver le pays de l’effondrement ».
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(1) D’après la déclaration, signée le 15 juin 2021 dans la ville de Chouchi entre les deux pays, les Conseils de sécurité de la république d’Azerbaïdjan et de la république de Turquie organisent de manière régulière des réunions conjointes sur les questions de sécurité nationale. Ces réunions coordonnent la coopération entre les deux pays sur toutes les questions d’intérêt national, de sécurité régionale et internationale.
