Bakou se prépare à une situation de force majeure face à l’Iran

Baku-Teheran

Vahram ATANESSIAN

1in.am, Erevan le 24 mars 2026

Comme nous l’avions indiqué précédemment, un entretien téléphonique a eu lieu le 23 mars entre les ministres des Affaires étrangères iranien et azerbaïdjanais, Abbas Araghchi et Djeyhoun Bayramov (1). Le même jour, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a publié un bref communiqué. On avait alors l’impression que le dialogue entre Téhéran et Bakou se déroulait dans une ambiance plutôt positive. Or, il semblerait qu’en réalité, les tensions entre l’Iran et l’Azerbaïdjan non seulement persistent, mais s’intensifient.

L’éditorial du journal « Minval Politika », basé à Bakou, en témoigne : la partie azerbaïdjanaise y révèle pour la première fois publiquement que l’Iran a exigé le démantèlement des infrastructures de « l’entité sioniste » sur son territoire. Le même jour, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a exhorté la population de Bakou et de la région d’Absheron à ne pas paniquer et a précisé qu’un exercice d’entraînement et de test de drones était en cours. Peu avant, de nombreux utilisateurs azerbaïdjanais des réseaux sociaux avaient indiqué avoir « entendu des drones voler toute la journée ». Deux jours avant l’attaque israélo-américaine, l’Iran avait fermé son espace aérien à la frontière de la mer Caspienne avec l’Azerbaïdjan. Presque tous les experts s’accordent à dire que le ciblage par Israël du port iranien d’Enzel a « transformé le bassin de la Caspienne en zone de conflit ».

Les médias officiels de Bakou démentent bien entendu les allégations iraniennes concernant la concession de territoires azerbaïdjanais à Israël en échange de frappes contre l’Iran. Toutefois, lors de l’entretien téléphonique entre Araghchi et Bayramov, ce dernier a de nouveau rappelé que l’Iran « devait enquêter et fournir des informations sur l’attaque de drone contre l’aéroport de Nakhitchevan ». Cela signifie clairement que Bakou a déposé une contre-plainte contre Téhéran. On n’en dit pas plus en termes diplomatiques. 

L’Azerbaïdjan a clairement indiqué que, tant que « les circonstances de l’attaque dont il a été victime ne seraient pas élucidées, les accusations portées par Téhéran seraient considérées comme sans fondement». Les médias d’État ont conclu que l’Azerbaïdjan « est opposé aux tensions avec l’Iran, mais s’y prépare, ce qui constituerait un problème non seulement pour l’Iran, mais aussi pour d’autres pays de la région ». Cependant, le ton général de la publication indique que Téhéran semble cette fois avoir adressé à Bakou un avertissement à la fois plus concret et plus ferme. On sait désormais que le guide spirituel suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a autorisé des négociations avec les États-Unis. Dans ce contexte, il est fort probable que l’Azerbaïdjan n’entamera pas de conflit avec l’Iran de sa propre initiative.

Mais quelle est la garantie que les négociations irano-américaines aboutiront à la fin de la guerre et qui plus est, à un accord global entre les parties ? 

Il n’existe aujourd’hui aucune garantie en ce sens. De plus, il est fort probable que les négociations échouent et que le conflit iranien s’étende. 

Apparemment, Bakou se prépare à cette éventualité.

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(1) https://azertag.az/fr/xeber/conversation_telephonique_entre_les_ministres_des_affaires_etrangeres_azerbaidjanais_et_iranien-4091759