Aram Sarkissian : « Le 7 juin, aucune voix pour les partis fantoches de la Russie »
Aram Sarkissian, président du parti Hanrapetoutioun (République) et chef du gouvernement arménien de 1999 à 2000 (à la suite de l’assassinat de son frère, le Premier ministre Vazguen Sarkissian), a livré une analyse aussi pertinente que percutante de la récente rencontre Poutine-Pachinian à Moscou.
Fort de sa vaste expérience à la tête de l’État et de sa fine connaissance des rouages politiques russes, M. Sarkissian décrypte les véritables enjeux et les menaces sous-jacentes des déclarations faites lors de la partie publique de cet entretien.
Nous reproduisons ci-dessous ses propos particulièrement éclairants :
« Lors de la partie publique de la rencontre Poutine-Pachinian qui s’est tenue hier (1er avril), le président russe, en présence de la presse, a réprimandé le Premier ministre arménien en soulignant qu’une personne détentrice d’un passeport russe était incarcérée en Arménie pour avoir tenté de s’engager en politique.
Je connais bien les procédures de la Fédération de Russie, j’ai eu des échanges avec le président Vladimir Poutine, et j’estime impossible qu’il ignore qu’un citoyen russe ne peut briguer le poste de Premier ministre dans un autre pays. Je suis convaincu que le fait d’avoir souligné, devant les caméras, la détention du passeport russe par Samuel Karapetian n’était rien d’autre que l’expression d’une attitude impériale : la logique même qui consiste à nommer des dirigeants dans les provinces périphériques. En d’autres termes, peu importent vos lois et vos procédures internes, seule compte la volonté de l’empereur. Telle est l’attitude collective de la Russie à l’égard de l’Arménie.
Aujourd’hui, alors que nous tentons de nous affranchir de notre statut de subordonné dans les relations arméno-russes, la Russie pourrait recourir aux mesures coercitives qui lui sont propres. Dans ce contexte, il n’était pas anodin, à mon sens, que le président russe évoque le prix du gaz, les échanges commerciaux et le nombre d’Arméniens résidant en Russie. C’était une manière de laisser entendre que ces paramètres pourraient changer si les élections arméniennes ne prenaient pas la tournure qu’ils souhaitent.
Aujourd’hui encore, le vice-Premier ministre russe a déclaré que si la présence des entreprises russes en Arménie était remise en question, ils pourraient à leur tour interdire la présence des entreprises arméniennes en Russie.
Je suis certain que c’est avec ce genre de menaces qu’ils ont fait changer d’avis Serge Sargsyan le 3 septembre [2013], que c’est ainsi qu’ils nous ont confisqué le gazoduc arménien, et que c’est exactement de cette façon qu’ils comptent traiter l’Arménie à l’avenir, en la transformant en colonie. Le changement de « chimie » dans les relations Poutine-Kotcharian était tout aussi flagrant : en effet, lorsqu’on dispose déjà d’un partenaire aspirant au poste de Premier ministre, quel intérêt y a-t-il à faire la promotion d’un autre candidat ?
Cher peuple, l’indépendance et la souveraineté de la République d’Arménie sont entre vos mains. Le 7 juin, aucune voix ne doit aller aux partis fantoches (émissaires) de la Russie. C’est là une occasion unique d’obliger l’empire russe à prendre en considération notre statut d’État et votre opinion. Que Dieu vous bénisse et bénisse l’Arménie… »
