Une rare porte d’église arménienne du XIIe siècle de retour dans sa patrie
L’un des huit exemplaires connus est désormais exposé à Erevan
Un rare vantail de porte d’église arménienne datant du XIIe siècle (1188), récemment acquis à Londres, a retrouvé sa terre natale. Cet événement exceptionnel s’inscrit dans le cadre des efforts continus de l’Arménie pour rapatrier les trésors de son patrimoine culturel disséminés dans des ventes aux enchères internationales ou des collections privées. Depuis le 3 avril, ce chef-d’œuvre est présenté au public au Musée d’Histoire de l’Arménie, à Erevan.
Cette relique d’une immense valeur historique a été acquise auprès de la galerie londonienne Sam Fogg grâce à une procédure spéciale soutenue par l’État. Afin de sécuriser cet achat lors d’une vente aux enchères internationale et d’assurer son transport vers l’Arménie, une somme de 175 millions 360 mille drams (environ 460 000 dollars) a été débloquée du fonds de réserve du gouvernement.
La transaction s’est opérée dans le cadre du programme étatique de rapatriement des biens culturels du ministère de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports. Les fonds ont été alloués à la Fondation pour le développement culturel, chargée de coordonner l’acquisition et l’acheminement de l’œuvre.
Sculptée dans du bois de noyer oriental, cette porte monumentale s’inscrit dans la tradition de la sculpture sur bois de l’époque des Bagratides. Sa datation a été confirmée par une analyse au radiocarbone. Les experts et historiens de l’art soulignent son importance capitale pour l’étude de la culture arménienne médiévale.
L’iconographie de l’œuvre mêle thèmes bibliques et royaux. La section centrale représente le prophète Daniel dans la fosse aux lions, tandis que les panneaux inférieurs illustrent des scènes de combats de bêtes fauves, faisant écho aux visions prophétiques décrites dans le Livre de Daniel. La porte est également ornée d’une croix « ailée », agrémentée de bourgeons floraux et d’un symbole fruitier, incarnant l’Arbre de Vie, un motif récurrent dans l’art ecclésiastique arménien.
Fait remarquable, jusqu’aux années 1990, seuls huit modèles similaires de portes en bois étaient répertoriés, ce qui fait de cette relique rapatriée l’un des vestiges les plus rares de l’artisanat médiéval arménien du bois.
