Après 16 ans au pouvoir, Viktor Orbán s’incline face à l’opposant Péter Magyar
Le nouveau Premier ministre hongrois, Péter Magyar
Malgré le soutien appuyé du vice-président américain J.D. Vance – qui s’était personnellement rendu en Hongrie sous couvert des « Journées de l’amitié américano-hongroise » pour participer à la campagne et fustiger, non sans ironie, les ingérences étrangères –, le Premier ministre prorusse Viktor Orbán a essuyé une lourde défaite lors des élections législatives. Souvent critiqué pour ses dérives autoritaires, celui qui dirigeait le gouvernement sans interruption depuis 2010 (après un premier mandat entre 1998 et 2002) cède ainsi sa place à son ancien allié, Péter Magyar.
Cette défaite n’a d’ailleurs « pas surpris » J.D. Vance. Sur la chaîne Fox News, le vice-président américain a déclaré : « La défaite de Viktor Orbán aux élections de dimanche n’est pas vraiment une surprise. Nous sommes tout à fait capables d’analyser les sondages et nous savions que la pro-
babilité qu’il perde était très élevée. Cela dit, il était l’un des rares dirigeants européens à avoir la volonté de tenir tête aux bureaucrates de Bruxelles. »

Une nouvelle ère pour la Hongrie et l’Europe
Ces élections ouvrent un nouveau chapitre pour le pays et devraient, selon toute attente, réorienter non seulement la politique intérieure, mais aussi la trajectoire diplomatique de Budapest vis-à-vis de l’Union européenne, de la Russie et des États-Unis. Le parti « Tisza », dirigé par M. Magyar, a remporté une victoire écrasante, s’assurant une majorité constitutionnelle et des pouvoirs de gouvernance élargis.
Immédiatement après l’annonce des résultats, le nouveau dirigeant conservateur de 45 ans a remercié les 9,5 millions de Hongrois pour leur confiance. Promettant des réformes profondes dans un pays souvent qualifié de plus autoritaire de l’UE, il a appelé le président de la République, les hauts magistrats et le procureur général – tous mis en place sous l’ère Orbán – à démissionner. « Désormais, ce pays sera un État où chacun devra rendre compte de ses actes ; ceux qui ont trahi et pillé devront en répondre », a-t-il martelé.
La réaction d’Orbán et l’enthousiasme européen
Viktor Orbán, perçu comme un allié de la mouvance MAGA de Donald Trump, des populistes de droite européens et de Vladimir Poutine, a rapidement reconnu sa défaite. Il a toutefois averti qu’il ne comptait pas se retirer du jeu politique, assurant que son camp ne « baisserait jamais les bras ».
Le départ d’Orbán a été largement salué en Europe, et tout particulièrement à Kiev. Le dirigeant hongrois avait en effet régulièrement mis à mal l’unité européenne, bloquant l’aide à l’Ukraine ainsi que les nouvelles sanctions contre la Russie. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué ce résultat en affirmant que « la Hongrie a choisi l’Europe » et a « retrouvé sa voie européenne ». Le président français et le chancelier allemand ont également exprimé leur satisfaction, soulignant que les prises de décision au sein de l’UE s’en trouveront grandement facilitées par la levée de la menace du veto hongrois.
Impact sur l’Arménie et le Caucase du Sud
Pour rappel, le mandat de Viktor Orbán a été marqué par plusieurs décisions controversées et défavorables à l’Arménie. C’est sous son gouvernement que Budapest avait extradé vers Bakou l’officier azerbaïdjanais Ramil Safarov – condamné à la prison à vie pour l’assassinat de l’officier arménien Gourguen Margarian –, lequel a ensuite été libéré et érigé en héros national en Azerbaïdjan. Plus récemment, la Hongrie bloquait l’assistance militaire européenne destinée à l’Arménie via la « Facilité européenne pour la paix ».
Félicitations de Nikol Pachinian
Le Premier ministre arménien a félicité l’opposant pour sa victoire.
« J’adresse mes chaleureuses félicitations à Péter Magyar et au peuple hongrois pour cette victoire électorale. Ces élections démocratiques reflètent la volonté du peuple hongrois et sa vision pour l’avenir du pays », a écrit Nikol Pachinian sur le réseau social X.
La réaction du Kremlin : « La situation ne peut pas être pire »
Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe, a fait savoir que le Kremlin ne féliciterait pas Péter Magyar. Il a rappelé que la Hongrie est considérée comme un « État inamical » en raison de son adhésion aux sanctions visant la Russie. Selon M. Peskov, les relations entre Moscou et l’Union européenne après ces élections ne risquent pas de se dégrader davantage, car « elles sont déjà à un stade tel qu’il est tout simplement impossible de faire pire. » ■
